lundi 31 mars 2014

Lecture

Ta bouche ne me fait pas mentir
Ta parole est sincère 
Je prends ton livre et je me dis
Ton mystère m'appartient
Le temps d'une lecture
Sur fond d'azur
Je feuillette et je vois
Tout ce qui me ressemble

Et puis je lis la fin
Juste par habitude
Au milieu de ton œuvre
Je repars à l’endroit
C’est ta vie qui s’opère
Sous mes yeux étonnés

Qui exhibe et qui voit
Ce qu’il laisse apparaître ?
Je ne sais pas …
Les deux peut-être
Tour à tour
Nous sommes l'un pour l'autre
Esclave ou maître


mars 2014


Profusion

Comment se taire …
Les mots m’appellent et prolifèrent 
Sous mon cerveau têtu gavé d’indifférence
Il faut remplir le vide d’un amour déclinant
Éructant sa colère au moindre coup de vent
Maudissant ma présence
Réfrénant à grand peine mes envolées soudaines
Mes écarts de langage, mes vers tumultueux
Qui se perdront sans doute dans le néant obscur
D’un calme revenu aussi tranchant qu’une arme

mars 2014


Pensée

La vie n'est rien sans l'autre
Je brade ma chimère
Pour la chair et le sang

mars 2014


Le mur obscur de ta folie

Je me suis évanouie un jour d’indifférence
Ton écho disparu au fond de ta geôle
A déserté les murs que je peignais pour toi
Bruit mat où rien ne rebondit
Ta page m’absorbe et me digère
C’est ça l’oubli
Je brise l’éphémère pour arpenter tes nuits
Je deviens attentive aux mots que je libère
Pour apaiser tes peines et tes rêves d'antan
Je ne suis rien excepté celle
Qui sème des cailloux sur ta route enchantée
Sait-on jamais …
Ne renie pas tes rêves
Car ils sont quelque part
Le reflet édifiant de ta réalité
La vie se trouve au cœur de l’essentiel
Le détail et l’infime n’ont aucun prix
Le maintenant et le toujours s’évaporent
Dans le fleuve insensé
Trimbalant nos échecs et nos désespérances
Change un peu de tracé
Pour toi, pour moi
Et pour tous ceux qui t'aiment
 

mars 2014


Demain ...

Vivement demain pour un autre matin
Merveille d’un réveil dans le soleil levant
Qui pointe ses rayons sur mon dernier sommeil
Chaque jour c’est pareil et pourtant différent
Je respire à plein nez le monde qui s’éveille
Ma peau frissonne dans la fraîcheur humide
D’une gelée tardive qui emporte avec elle
La traîne évanescente de mes songes en partance
Je reste encore un peu sous le voile éthéré
D’un rêve en devenir qui finit par s’enfuir
Avant d’être frôlé
J’aurais voulu l’atteindre, prolonger ma descente
Emarger ton destin, connaître tes desseins
Mais le temps a filé vers une autre journée
J’expire et je relâche tes dernières volontés
J’ouvre grand les fenêtres pour être à la merci
D’un printemps qui s’annonce dans la douceur naissante
Je m’étire et j’inspire, je suis encore vivante


mars 2014


Réalité mon rêve ...

Fin de soirée
Je m’amenuise peu à peu sur ton écran géant
Dont j’ai percé la trame 
A force d’y fixer nos fausses ressemblances
Peut-être ai-je inventé les sous-titres absents 
De tes mots foisonnants
Il fut un temps plus maintenant
Le film était un jeu dans ta course éperdue
Curieux de l’autre monde 
Où s’agitent mes pairs
Petits pantins précaires
A l’ego ravageur
Qui labourent la terre
D’une griffe insidieuse
Moi, heureuse ?
Bien entendu, j’ai tout pour plaire
Et le monde divague, le monde se renverse
Ton vers mal arrimé devient un naufragé
Dans une mer de sang tachant ton entité
Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment
J’en suis arrivée là

Un jour peut-être
Nos doigts se rejoindront
Sans avoir à penser


mars 2014


Abandon

Notre histoire n’est pas une invention
Nous allions l’un et l’autre sur notre terrain vague
Sans chemin, ni tracé
Sans cadre et sans limite
Seules nos convictions nous maintenaient en vie
Dans cet obscur présent de nos jardins en friche
J’ai dépassé la borne sans aucune intention
Je ne l’avais pas vue sous tes fleurs métaphores
Venues s’acoquiner avec mes hellébores
Le temps fera le reste après le désherbage
Nos sentiments innés devront faire table rase
Sacrifier leurs élans pour des causes plus graves
Comme toujours j’apprends à désaimer
Rien que pour ça, j’essaime et je divague
Sur le parcours sans faim qu’on a choisi pour moi
Depuis je me débats dans cette fange étrange
Où vie et mort forniquent sous mes yeux
S’appropriant nos souffles en suspens
Petite mort, je m’en remets à Dieu
Ou à celui qui lui ressemble

Je ne mens plus depuis longtemps
Les mots le savent et je m’en sers
Mon cœur est un désert
Et mon corps en jachère


mars 2014



Parallèle

Quand je fais de l’amour une belle métaphore
Tu décris les substances de nos intimités 
Attisées par l’essence de nos chairs emmêlées
Quand la source jaillit débusquée par tes soins
Ma fontaine intérieure devient libre et sonore
Elle détruit les barrages bourrés de préjugés
Et répand ses eaux claires sur le brasier ardent
De ta peau qui palpite, prête à s’abandonner

A L.S

mars 2014


A mon poète favori

J’attends à la terrasse un beau soir de printemps
Je guette un doux poète au charme adolescent
J’écris dans mon carnet les mots de cette attente
Qu’il est bon d’être là à vous imaginer
Avant le premier tu et le tendre baiser
Je sirote mon vers, laisse flotter le goût
Au fond de mon palais
Je construis mon image en souriant aux anges
Mon poète est bien là dans sa beauté profonde
Force et fragilité, fascination des mots
Palpable séduction d’une rare innocence
Le charme agit malgré les apparences
Ou bien les différences …
Il est un endroit précis où nos violons s’accordent
Lequel, je ne sais pas encore
Mais ta porte est ouverte et mon bureau m’attend
Je viendrai travailler à l’ombre du tilleul
Sous le bourdonnement des abeilles esseulées
Recherchant un asile au creux du bois vivant.


A L.S

mars 2014


Attirance

La moiteur, la douceur
La faveur d’un instant
Sur un reflet de mur
Offert à mon regard
La nature odorante
Salive et se libère 
Pour pénétrer ma peau
En pistils étoilés
Les gouttes s’évaporent
Sur la mousse attendrie
Petit lopin de terre
Troublant carré de chair
Concentré d’univers

Tendre rose égaré
Dans ton verre agité
Regard très éméché
Et sourire ébréché
Débris de pauvres rêves
Sur la pendule hostile
Et midi me retient
Entre deux verres déteints
En vain
Je blottis mes idées
Dans un coin de ton nid
Je n’exhibe plus rien

Je fais vœu de silence
Dès l’instant où ton corps
Réconforte le mien


A M.M

mars 2014



Communication interrompue

J’ai lâché ma colombe du plus haut toit du monde
Je l’avais harnachée de mes meilleures pensées
Pour la rendre légère et sans trop d’idées noires
Le voyage était long
Il fallait qu’elle atteigne un écho sous-jacent
Au bout d’une autre terre aux parfums épicés
Odeurs envoûtantes venues du fond des temps
Je tiens en équilibre sur le fil de ta peau
Séduit par mes propos tu balaies ton arène
Et mets mes mots à nu au plus fort de ta peine

La colombe voyage, admire le paysage
Elle vole à tire d’ailes entre nos deux présents
Elle parcourt sans faiblir la marge qui nous sépare
Elle anime à loisir le bleu changeant du ciel
Pour trouver les nuances, les détails infimes
Qui font la différence
Je la vois tout là-bas, transportant ma mémoire
Aucune défaillance, aucun atermoiement
Un souffle pur s'engouffre dans ses ailes
Je projette mon ombre
Dans la chaleur secrète d’un courant avenant
Je vois ta main qui s’épanouit
Telle une fleur unique au tout premier printemps
Ma colombe atterrit sur la piste en douceur
Tu lis et elle attend
Elle attend la réponse, peu importe le temps
C’est son seul avenir en tant que messagère
Tu relis à l’envers pour saisir la portée de mes notes enjouées
Tu ne dis rien, ne bouges pas
L’oiseau attend toujours, mon regard dans le sien


A V.N

mars 2014


Renaissance

Sous une chaude écorce navigue la matière
Entre le corps et l’œuvre circulent des items
Et les mots s’enguirlandent en rimes conquérantes
La source intarissable se transforme en ruisseau 
Pour creuser son chemin parmi les cerisiers 
Averse de pétales sous l’élan de la brise
Confettis parfumés, éphémère beauté
D’une petite mort qui signe à cet instant 
Son éternel recommencement

mars 2014


Le sommeil du juste

La résistance est le luxe des nantis d’aujourd’hui
Sans la toile pour afficher tes ambitions
Tu restes derrière l’élite qui distille ses mots
Agite un scénario où brille la technique
Il faut avoir le temps, ne pas trop travailler
Se faire entretenir pour offrir à soi-même
Un beau son et lumière

Et le soir entre tes draps de soie
Tu te dis enchanté : je suis un révolté

mars 2014


Instinct de préservation


J’ai joué avec les fils sans mauvaise intention
Mais c’est plus fort que moi
J’enjambe les limites, toujours de bonne foi
Curieuse et audacieuse, j’invente des poèmes
Pour ceux qui par hasard auraient touché mon cœur

Je fais et je défais
Je refais mon ouvrage
Rien n’est acquis, rien n’est offert
Et tout se perd, tout s’entremêle
Sur la trame encombrée de mots désavoués

J’ai arraché le nœud de tes vers mensongers
J’ai disparu ailleurs souillée par tes injures
Je vis et je respire, je défends mes valeurs
Qui ne sont pas les tiennes
J’en fais tout un honneur


mars 2014

A V.N



Inspirateur

J’aimerais bien rimer avec vous
Vous arrimer à mes poèmes
Et m’inspirer de vos aveux 
Improviser sans retenue
Un duo exaltant garni de votre prose
Je prends la pose à ma fenêtre
Pour mieux saisir vos envolées
Vos lignes excessives
Que vous lisez sur mon trajet
J’écoute et je prends note
Je ne sais comment dire
Vous êtes inspirateur
De ma volée de mots
Qui s’étend sur vos ombres
Et vos coups de cafard

Je retrouve un refrain
Une question sans réponse
Comment dit-on sans prétention
Le mot muse au masculin ?

A M.M


mars 2014


Why not ?

Pourquoi pas …
Le détail oublié ?
C'est lui qui nous regarde

Est-ce petit, est-ce grand ?
Aucune proportion, une idée simple
Tout simplement
Nos nuits sont gorgées de rosée
Et nos matins humides alimentent l’histoire
Joli prétexte pour ne pas sombrer
Dans le sombre des sombres
Idées noires en suspens

Et la nature m’observe
 

mars 2014


Suite et fin

Je n’ai rien tenté dans le vide des jours
J’ai appris à te perdre pour mieux me retrouver
Eprouver la matière qui me colle à la peau
Pour virer l’inutile et les pardons futiles
A vouloir trop aimer on finit par tricher
Pour ne plus succomber au premier mot d’amour
Jeté à l’envolée dans un élan suprême

Le poète est en forme aujourd’hui
Il en a joué des ritournelles 
Avant de balancer ses terribles blasphèmes
Non, point de haine, seul un mépris
Qui frôle le dégoût et la condescendance

Mentir devenait une urgence
Pour ne pas affaiblir mes défenses
Je veux m’immuniser contre ton moi pervers
Qui détruit sur sa route le moindre soubresaut
De mon corps en tension en affûtant sa flèche
Je veux m’habituer au paisible silence
Enfin déshabillé de ta triste cadence


mars 2014


Elle

Je deviens neutre sur le feutre de tes enchantements
Je deviens palissade pour accueillir ton regain d’amitié
Obnubilé par un prénom, des initiales
Que tu graves au hasard de tes touches
Ce prénom tu le dis, tu l’écris en surface
Pour ne pas l’oublier, pour effacer le mien
Qui te pèse et t’empèse
Ce prénom tu y penses, comme une apothéose
Un futur avenant dans ta mort incertaine
Un pointillé qui se poursuit sur ton âme rebelle

Deux ailes ...

mars 2014


Errance solitaire

Je traîne un peu ce soir
Dans la lumière bleutée de mes incertitudes
Mon verre de rosé posé à contre-sens
Et la lourde fumée aux mille odeurs d’ailleurs
Je suis dans cet ailleurs mais personne ne le sait
Peut-être vous dans vos égards
Mais vous ne me dites rien, vous respirez, c’est tout
Je pars en volutes étranges
Illuminant mon ciel
Comme un beau soir d’été
Un quatorze juillet
J’imagine autrement pour oser aborder
Votre cheminement où jonchent mes élans
Sarments abandonnés, desséchés par le temps
Torturés par les pluies et les mauvais serments
Je goûte encore la sève d’un début de printemps
Où s’affairent sans bruits les rimes infidèles
Je creuse et je m’enterre pour ne plus apparaître
Je suis un firmament que chacun s’approprie
En évitant le pire de mes exubérances
Béance

Le pire, c’est moi
Vous ne le saviez pas ?
Entre vos deux couteaux
J’invente un nouveau pas


mars 2014


samedi 29 mars 2014

Révolution

Révolution ?
Mon Dieu, la grande affaire !
Sur ton écran figé survivent les fantômes 
D’une guerre inconnue, venue d’un autre temps
De quand date le film ? Je crois que je l’ai vu
Ta mise en scène étrange devait être truquée 
Racoleuse et tronquée des quatre vérités
Car derrière tes rideaux
Respire l’opulence et non la pauvreté
De tous ceux qui t’admirent
Mais les riches s’emmerdent et doivent s’occuper
Rompre l’oisiveté
Ils tapissent ravis le mur de tout le monde
Et de personne en conclusion

Eteindre son écran pour écouter vibrer
Le souffle de la terre
Reprendre son pinceau
Raviver la lumière
Ecouter les oiseaux
Là, maintenant
Paupières closes


mars 2014


Fabulette

Je recherche un détail dans l’infiniment grand
Un truc sans importance oublié des regards
Une petite chose, perdue dans la nature
Une haleine en suspens à la saveur naissante
Pour concentrer mes sens dans un jeu de patience
Je guette le pétale qui s’ouvre à la lumière
La fourmi solitaire qui file sous la pierre
La goutte de rosée accrochée à la branche
Encore quelques instants avant de s’évanouir
Dans l’éphémère parcours qui lui est destiné
J’explore les buissons, les toiles transparentes
Où s’activent mille êtres, victimes ou conquérants
La vie est ainsi faite depuis la nuit des temps
Maintenir l’équilibre d’un avenir fragile
Qui cherche ses repères dans nos hésitations
Et finit par se perdre dans nos désillusions

Je fixe la guerrière attentive et velue
Se jetant sur sa proie sans aucun état d’âme
La mouche se débat pour mieux s’emprisonner
Dans le voile piégeur aux mailles assassines
Et puis je me retire, fuyant le pugilat
Pour écraser d’un pas
Une pauvre bestiole qui séjournait par là

mars 2014