vendredi 14 octobre 2016

Hors chants/Les aubes

Les aubes s’amoncellent au revers de mes yeux. Chuchotement du vent qui frôle mes cheveux. Vibration d’un moment au cœur d’une naissance. Magie d’un renouveau. Le ciel a des couleurs qu’un dieu seul sait créer. Recueillement du temps dans le petit matin. Un ange passe. La nuit soupire encore un peu. Bruissements de la vie dans les ombres chinoises. Rien n’est encore acquis. Je suis face à l’énigme du monde. Eternelle question de ma présence ici. Je soulève un possible et touche à l’infini lorsque je tends la main.

octobre 2016


Hors chants/Absence


Je voudrais devenir une plaine habitée où les jardins seraient des havres de douceur. Des terrains protégés, propices à l’abandon. Des chantiers accordés aux multiples possibles. J’ouvre grand la fenêtre. La brume se dissipe et le ciel est sans fard. Ou est-ce ton regard que je vois apparaître ? Je recherche le monde qui contient tes pas. Ma cible difficile, silhouette indocile. Je me suis attardée sur ta trace émouvante. J’agrandis de mes mains le temps qui nous convient. Le peu qui nous contient. Le tout qui nous importe. Le beau qui nous emporte. Un décor à monter, un pont à traverser, une autre vérité. Un rêve à exprimer. Je repousse l’automne, il me semble imparfait. Je n’ai pas terminé, je n’ai pas tout saisi. Je n’ai pas tout donné. Ni vraiment tout compris. Tes mots comme un écho traversent le silence.
Je fixe l’horizon qui s’ouvre devant moi. Un trou dans l’atmosphère. Un vide sidéral. Il manque une charnière. Un détail essentiel. Il manque une rivière, une traînée de bleu où l’on peut s’épancher. Au clair de ton regard, m’ouvrir encore un peu. Je voudrais devenir une part achevée. Une portion congrue mais la marche est forcée, mon chemin tout tracé. Mouvement perpétuel. L’heure était éphémère. J’avance où tu n’es plus. 
Brève unité sans masque, quelque part une nuit, ta main a rencontré l’étendue de ma chair.

octobre 2016


Hors chants/Délivrance

Je goûte un temps qui est le mien. Apprécier cette multitude comme une page familière. Le continent de mes pensées où quelquefois tu viens échouer. J’ouvre ma chambre à tes élans. Et mes paupières nous abritent. L’immensité de mes désirs se prête aux jeux que tu inventes. Je sais que les nuages nous seront bénéfiques et le vent portera nos ébats. Encore un peu plus loin, toujours un peu plus haut. Je ne suis pas pressée, la récolte sera celle dont j’ai rêvé. Et tu viendras, promeneur dénudé sous l’invisible étoile qui t’aura modelé. J’en découdrai de toi car c’est ma volonté. Mon lit est un palais où je t’inviterai. Mon cœur est un vaisseau sur la vague rebelle de nos idéaux. Visages épurés, lavés de tout regret. Tu me prendras d’assaut, nos vies s’enchaîneront, je te donnerai chaud. J’entends déjà ton chant, inexprimable chant qui se déjoue des mots. Un chant des profondeurs. Une note sacrée, une voix qui parvient des friches de la vie. Rien que ce cri et cette outrance qui déchaînent les aubes où tu te réalises. Et mon corps a tremblé. Mon corps s’est soulevé. Venu du fond des temps, ton cri m’a emportée.

octobre 2016


Hors chants/Effeuillage

J’aimerais tant qu’un jour tu puisses soulever le brun de mon écorce. Peu à peu dénudée, mon flanc frissonnera. Tu me distingueras parmi les herbes folles. Mon corps émergera. Mes bras comme des branches viendront à ta rencontre. Tu fouleras le temps pour venir jusqu’à moi. La clarté de tes yeux ciblera ma présence. Mais je n’attendrai pas. Je me déserterai pour approcher de toi. Tu seras l’essentiel. Je m’abandonnerai pour connaître tes doigts. Liberté de tes mains, au creux d’une nervure, rugosité du bois. Epluche-moi encore jusqu’à cette douceur. Cette infinie douceur qui pénètre ma sève. Et ton sang se souvient des batailles perdues, l’avenir était froid. Ne crains rien je suis là. Ne doute surtout pas. La nuit comme un linceul efface sur ton front les actes antérieurs. Découvre les étoiles et vide ta conscience. Renforce de tes pas la terre où je suis née. Les racines s’entassent, ne t’embarrasse pas. Prend ce qui te revient et renouvelle-toi. Dissous le quotidien. Périssable beauté, l’univers a penché, les feuilles sont tombées. Mes pensées aériennes ont fini à tes pieds. Épèle-moi encore. Avant que le courant, le gel ou le grand vent, m’étiole à tout jamais. Gratte cet interstice, trouve la sensation. Pénètre ma nature, deviens ma solution.

octobre 2016


Hors chants/ A peine

Sur la frise du temps, l’horizon s’est ouvert dans un moment à part. La ligne était si claire, ciel et eau confondus, arrosés de lumière. Une fin de journée. Bord de mer déserté. Matière et transparence. Aucun trouble, à peine un tremblement à la surface des choses. A peine une ridule. A peine une émotion, diluée par la vague. A peine une fêlure sur la roche exposée. A peine un froissement dans l’air environnant. A peine un vague à l’âme, un léger flottement. A peine une rature, à peine un pincement. Quelque part un soleil qui cherche le couchant. Léger bruissement d’ailes effleurant le silence. A peine une césure entre deux sentiments. A peine une présence. Sur la pointe des pieds, se mettre en mouvement, s’immiscer dans l’instant. Aller jusqu’à demain. Pénétrer l’existence.

octobre 2016


Hors chants/Nuit bleue


Le jour s’est effrité et le soir en profite pour creuser sa vallée. Le soleil a glissé, le temps s’est déformé, la vie a ralenti. Quand le ciel s’est fendu, la lune est apparue. Le moment s’y prêtait. Une note a jailli dans la chaleur du cuivre. La beauté vient à ma rencontre. Bourdons de voix filtrées par l’atmosphère. Et nos mains qui se cherchent. L’empreinte d’une touche nous rapproche un peuplus. Puis nos doigts qui se trouvent. Le contact se fait et la note embellit au fur et à mesure. Elle enfle et s’atténue, ne devient qu’un filet avant de rejaillir, sensuelle et infinie. Ricochet de la vie. 
Que demander de plus, nous étions tous les deux dans le même torrent. Humains et accessibles. Nos pas nous emportaient dans une même danse et nos yeux scintillaient. Habitants d’un monde similaire, nos âmes s’épanchaient, nos corps se retrouvaient, nos larmes étaient de joie. Dans un pays heureux, nous laissions faire le vent. Il aimait à venir souffler sur nos épaules avant de s’enrouler comme un foulard de soie.

octobre 2016


Le silence des mots

En attendant je suis allée
Combler le temps sur un versant
Sans aucune âme qui vivait
Les mots m’avaient abandonnée
Aucune oreille attentionnée
Les tympans se désaccordaient
Ma forêt s’était desséchée
Aucun ami pour m’écouter
Aucune branche où m’appuyer
Pas de confiance à m’accorder
Rien que le vent pour m’emporter
Et je renais tout doucement
A la faveur de ton regard
Celui que tu poses sur moi
Alors que je doute de tout
Je vais plus loin et je me tais
Mais si jamais tu m’appelais
Je crois que je te répondrais
Ici, ailleurs où n’importe où
C’est ainsi, je me souviendrai
De toi quand tu savais me lire
Quand tu voulais bien me trouver
Je ne suis plus qu’un interligne
Vide de mots sur le papier
Après tout le blanc est parfait
Comme un silence élaboré
Aucune erreur à prononcer
L’essentiel est à inventer


octobre 2016


Hors chants/Paroles


Je n’ai pas maîtrisé le cours des éléments. Le temps avait changé, le vent s’était levé. Je me suis accrochée, tenace et décidée. J’ai attendu longtemps et j’ai fermé les yeux quand le ciel a grondé. L’orage s’amplifiait et les feuilles volaient. Les mots s’entretuaient et se désintégraient. C’était un peu comme s’ils n’avaient pas existé. Quand tout fut balayé, je me suis retrouvée aphone et désarmée. Je n’ai su enchaîner, tout semblait si futile. Des paroles sans fond, une prose inutile. Je n’étais plus qu’un point. Rouge de l’interdit. Mais j’étais sur ma faim. C’était comme une absence. Comme une conclusion venue un peu trop vite. L’arrêt en plein élan. Le coup était porté. Impossible d’aller voguer un peu plus loin. La force du destin qui me plaque et retient le flot de mes pensées. Ce fut un beau voyage, j’ai gardé ton image. En secret dans un coin. Et voilà cette histoire qui n’en était pas une, devant s’arrêter là. Tout le monde descend. Mais ça ne me va pas. La fin s’est déroulée de façon trop hâtive. Je rumine le temps. Je fulmine et m’apaise. Et puis un beau matin, les doigts m’ont démangé et j’ai eu le besoin de toucher le papier. Le sentir, le froisser. Je le voulais concret et doux à caresser. Il était aussi bleu que le ciel en été.
Alors j’ai décidé de reprendre à l’endroit où le monde a tangué. Car je suis volubile et la vague sans fin. Sauras-tu m’écouter ? Je crois que j’ai encore deux ou trois choses à dire. Un monde à te confier.

octobre 2016


Le pourquoi de ma chair

Mes jours ont rétréci
Sans que j’y puisse rien
Qui suis-je ce matin ?
Parmi les ombres fortes
Qui gagnent du terrain
Je doute de moi-même
Je ne sais plus très bien
J’ai perdu dans la nuit
Un peu de ma personne
Un rêve inabouti
Un souvenir en moins
L’automne est à ma porte
Il fait froid au jardin
Le mauve de l’aster
Apparaît dans un coin
Bientôt les chrysanthèmes
Et je les vois déjà
Envahir les rayons
Avant de terminer
Sur la pierre tombale
Dans un dernier frisson
Offrande végétale
Sacrifice inutile
Il aurait mieux valu
Laisser pousser l’ivraie
La lavande est en grains
J’ai rentré mes regrets
Et cueilli un bouquet
Fait de pluie, de soleil
J'irai te l'apporter
Egrener dans le vent
Ce que je n’ai pas su
T’offrir en temps voulu
Le plus élémentaire
Et le plus encombrant
D’une fille à un père
Mes meilleurs sentiments
Face à la grande mer
Je te parle souvent
Le doux de mon regard
Affleurera la côte
Où tu as disparu

octobre 2016


vendredi 7 octobre 2016

Nuages

Il y a ce que je pense
Et puis ce que je dis
Parfois une distance
Où vit le compromis
Lorsque je fais silence
C’est pour ne pas trahir
Le fond de ma pensée
Je préfère éluder
Et me mettre à rêver
Regarder les nuages
Qui traînent si légers
Aussi blancs qu’une page
Où rien n’a commencé

octobre 2016


jeudi 6 octobre 2016

Vestiges

Mes jours ont rétréci
Sans que j’y puisse rien
Qui suis-je ce matin ?
Parmi les ombres fortes
Qui gagnent du terrain
Je doute de moi-même
Je ne sais plus très bien
J’ai perdu dans la nuit
Un peu de ma personne
Un rêve inabouti
Un souvenir en moins
L’automne est à ma porte
Il fait froid au jardin
Le mauve de l’aster
Apparaît dans un coin
Bientôt les chrysanthèmes
Et je les vois déjà
Envahir les rayons
Avant de terminer
Sur la pierre tombale
Dans un dernier frisson
Offrande végétale
Sacrifice inutile
Il aurait mieux valu
Laisser pousser l’ivraie
La lavande est en grains
J’ai rentré mes regrets
Et cueilli un bouquet
Fait de pluie, de soleil
J’irai te les donner
Egrener dans le vent
Ce que je n’ai pas su
T’offrir en temps voulu
Le plus élémentaire
Et le plus encombrant
D’une fille à un père
Mes meilleurs sentiments
Face à la grande mer
Je te parle souvent


Le doux de mon regard
Affleurera la côte
Où tu as disparu

octobre 2016




mardi 4 octobre 2016

Hors chants/la chaleur de la braise

Dans le secret des nuits qui nous appartiendront, nous donnerons du sens à chacun de nos actes et franchirons l’écart de l’incompréhension. Nous boirons tous les deux à la coupe du temps et nos désirs prendront une saveur commune. Ton regard en miroir, je saurai me trouver malgré l’obscurité. Rien ne sera chimère, tu seras vérité. Ma vérité première, occupant ma mémoire d’une unique façon. Je sourirai au monde et tu me souriras. Nous nous reconnaîtrons et tutoierons la vie sans peur du lendemain. Je serai la demeure où tu mettras la clé. Je crois que tu connais déjà mon intérieur. Pas besoin d’allumer. Mes mains te guideront jusqu’au temple sacré où la flamme patiente avant de s’emporter.

Nos braises réciproques persisteront longtemps. Bien après l’incendie. Dans le secret des nuits, nous ferons de l’aurore une fête païenne où je provoquerai le temps qui nous est dû. Mon regard dans le tien, nous recommencerons dans le petit matin.

octobre 2016


Hors chants/Regain

Quelque chose qui dure dans l’automne naissant. Un soleil accordé répand une douceur. Un temps inespéré. Comme si la saison traînait encore un peu. Généreuse attention tandis que la forêt revêt d’autres couleurs. L’été s’est imprégné au cœur de la nature. La feuille mordorée s’envole et se souvient des soirées de juillet quand l’horizon flambait. On riait, on dansait, on vivait l’insouciance. On avait tout le temps d’inventer des moments faits de petits bonheurs. Un regard, un sourire, une belle amitié qui s’offrait sans merci et embrasait le cœur. La chaleur des lampions nous mettait dans l’ambiance. La trompette jouait, les notes s’envolaient et la lune luisait, attentive et sereine. Le tuba s’extasiait. Le piano s’emballait, prenait des libertés qu’on ne prend qu’en été. Quand les nuits sont si belles et la voûte bleutée sans trace de nuages. Quand les étoiles filent et emportent avec elles nos vœux les plus précieux en laissant dans le ciel une traînée d’espoir. Quelque chose qui dure au rebord de mes yeux. Etincelles de joie. Poussière d’or dans les reflets du feu.

octobre 2016


samedi 1 octobre 2016

Hors chants/Silence 15

Réfléchis tes pensées sur la feuille dédiée aux lignes bien tracées. Prends soin de tout écrire en y mettant du fond et la forme viendra. Déballe l’intérieur, sois honnête avec toi en y mettant du cœur. Quand tu auras fini, enveloppe et cachette. Si jamais il te semble oublier quelque chose, hésite et considère, développe et reprends, les mots c’est important. Tu sais qu’une rature peut éviter le pire. Redis-le autrement ou ne dis rien du tout. Quelquefois le silence vaut mieux qu’une bavure, cette tache insoluble qui peut blesser des êtres et leur pourrir la vie. Déchire tes idées, préserve l’amitié. Censure le passé, n’envoie pas cette lettre. L’oubli saura venir, discrétion assurée. Efface et abstiens toi, la poubelle est si près.

septembre 2016


Hors chants/Silence 14


Une courbe, un tracé. Un rayon de lumière. Une émotion qui naît sur le blanc de la pierre. Tes mains comme une offrande qui me disent tout bas, je n’ai rien à cacher et j’ai tout à donner. Quand le creux de tes reins m’entraîne un peu plus loin, j’aime ta nudité. Pour sa simplicité. Elle est belle et sans fard, elle est sans complaisance. Faite de ces défauts sur lesquels on s’attarde. Parce qu’ils font de toi un être à part entière. De faille en éraflure, le temps t’a modelé. De souffrance en brisure, je t’ai accompagné. 
Sur le blanc de ta peau, je pose mon regard et je traîne sans fin. Je ne me lasse pas. Je suis loin d’avoir fait le tour de ta personne mais tu es devenu cet être qu’on préfère, cet être un peu à part, aux traits particuliers, si doux à effleurer. Tiens là, une écorchure, la trace d’un moment, la griffe d’un rosier. Je te reconnaîtrais même les yeux bandés. Je n’ai cessé d’apprendre et je sais t’apprécier. Cela fait si longtemps, je ne peux me tromper.

Musée Rodin, sept 2016



Hors chants/Silence 13


Déceler le moment où tu m’écouteras. Quand tu prendras le temps de regarder vers moi. La fenêtre est ouverte, l’été est encore là. Tu vois, je n’ai pas froid. Je me dis que peut-être tu me discerneras. J’aimerais tant savoir te dire l’important. Déblayer l’inutile pour mieux percer à jour, l’obscur de ton silence. Un espace sans nom qui ne m’appartient pas. Je ne sais où tu es et ni ce que tu penses.
Je voudrais te trouver à cet endroit précis où nous nous comprendrons. Mais je préfère me taire. J’ai trop peur d’annoncer ce qui ne convient pas. J’essaie de ravaler tous mes mots de travers. Je sais, je dramatise. Je regarde le temps qui teinte la fenêtre. Je me couvre de vent et t’envoie sans maudire, des paroles en l’air. Des paroles futiles. Eclatées dans un rire et tant pis pour le reste. Mon rire a ce mérite, c’est qu’il se veut sincère.

septembre 2016


Hors chants/Silence 12

L’été s’en est allé derrière la colline. J’ai apaisé mes mots dans le soleil couchant. Le soir était si doux et le ciel orangé, je n’avais pas envie de troubler le présent. D’avoir à ressasser l’amer des sentiments. Laisser monter en moi cette vague tranquille qui vient brasser le temps, celui qui me manquait. Celui que je croyais perdu à tout jamais. En moi cet infini. Ma conscience est sans murs. Et mon corps est au vent. Ma vie est suspendue, l’horizon rassurant. Donner de l’amplitude au regard qui s’étend. Dans le soir qui m’étreint, je m’abandonne enfin. Une feuille tournoie. Et le souffle du vent m’apprend à respirer tout à fait autrement.

septembre 2016


Variation

Je traîne au hasard des buissons
Imperceptible changement
Le soleil a brûlé les peaux
Tout un été, sans concession
Le sable blond froissait nos pas
Et s’écoulait entre nos doigts
Le ciel était d’un bleu profond
J’en ai gardé au coin des yeux
Oui juste un peu, encore un peu
Pour éclairer les jours pluvieux
Bientôt le gris et le grand vent
Viendront à bout de nos passions
La fleur a percé sans histoire
Un jour d’automne au ciel clément
Elle offrait toute sa blancheur
Sur le sentier abandonné
Aux friches de tout un été
C’était un répit dérisoire
Bientôt nos tout premiers frissons
Je traîne au fond de mon placard
Je m’acclimate au temps présent
En accrochant mes idées noires
Je dépoussière mon manteau
Bientôt la rouille aura raison
Du plus doux de mes sentiments


septembre 2016


Hors chants/Silence 11

A flanc de toi j’ai bivouaqué. Couchés dans l’herbe on s’amusait à regarder passer l’été. Une étincelle entre deux braises, le feu s’éteignait peu à peu. Le soleil avait des pâleurs sous son cortège de nuages. Mes pensées volatiles flottaient dans leur sillage. J’ai fait en aparté le portrait de nos consentements. Dans l’absolu du ciel, nous avions encore toutes nos chances. Deux tendresses accolées, deux êtres en résidence quand le lièvre est passé à quelques pas de nous. Dans l’air fondamental qui nous réunissait, nous avons conjugué une seconde ou deux. Resserrement des cœurs et l’envie de se fondre dans le paysage. Un besoin d’unifier, une porosité. Puis l’image a changé. En un bond, l’animal a provoqué en nous une disparition. Un vide quelque part. Comme un trou dans la toile. Je ne prévoyais rien quand ta main est venue s’épancher sur ma peau. Dans un geste feutré tu as ranimé la dernière étincelle. Le bleu s’est révélé sous un nuage obscur. La vie était si près. Et ta bouche si mûre.

septembre 2016




Hors chants/Silence 10


Ton souffle comme un vent a pénétré mon âme. Le monde se soulève entre nos quatre murs. La ville s’est éteinte mais tout devient mouvant derrière les volets. Les ombres débordantes viennent se réchauffer autour de l’abat-jour. Le plafond se constelle d’étoiles. Je franchis l’épaisseur de temps qui nous sépare encore. Ça y est. Nous sommes dans l’étreinte. Les ombres se dissipent. Je ne t’appartiens pas mais je suis accessible. Dans l’heure contenue, je vois un peu plus loin. Au fond de ton iris, luit une flamme insensée. Je m’y attarde un peu. Le galet de ta peau révèle des arômes, sensuels et masculins. 
Musc et embruns s’imprègnent sur la face du temps. Ton haleine m’emporte, nos bouches sont scellées et nos langues s’allient dans un pacte charnel. Dans nos cœurs, une seule et même pulsation. L’émotion d’un élan. Nous gravissons ensemble les marches du suprême jusqu’au vertige de la chute.

septembre 2016


Hors chants/Silence 9


Dans la nudité sauvage de nos désirs, nous retrouverons l’ardente saveur d’un recommencement. Les nuits saliveront à notre approche. Nous perdrons notre appartenance pour mieux nous épancher.
Et j’entendrai ton cri du haut de ma tourmente. Je descendrai de moi pour atteindre tes bras. Je lisserai le temps, j’ouvrirai tes paupières. Tu me contempleras. Le vent sera tombé. Quelque part dieu sait où, la terre aboutira. Unité de la chair. Au centre, le pouvoir de nos sens, la splendeur de nos jours, la folie de l’amour. Je te dirai encore, la nuit s’entrouvrira, la vie retentira. Les orgues joueront les notes exaltées de nos corps en fusion. Et nous boirons le lait de l’univers.

septembre 2016


Hors chants/Silence 8


Quand nos corps assemblés en un point, sauront enfin trouver ce langage commun, fait de chair, de sueur et de sang, le temps prendra alors une autre dimension. Nous ne serons plus qu’un et multiples à la fois. Tout au bord de l’énigme qui nous a créés. Avides de savoir, nous irons effleurer un peu de ce pourquoi. Nos mots éparpillés, nous serons dépouillés d’un verbiage inutile. De nos bouches sortira le silence, comme un long fleuve scintillant.
Dans le prolongement de l’autre, nos doigts se croiseront et nous recueillerons les preuves tangibles de notre existence. En nous, cette écriture.


septembre 2016


Hors chants /Silence 7

Vivrons-nous assez longtemps sous la voûte du ciel, pour pouvoir un beau jour connaître l’essentiel ? Je ne sais, je ne sais … J’essaie d’être attentive au moindre froissement et je supporte en moi la moindre des brisures. Quand le ciel est pesant, je deviens solitaire. Parfois il faut se taire, retrouver le terrier. Surtout ne plus bouger. Oublier l’essentiel et n’être plus que soi. Dans un petit cocon. Revenir à l’avant. Lentement, doucement. Remonter dans le temps. Jusqu’au ventre charnel, à l’embryon de vie imprégné d’innocence. Douceur du ver à soie.

septembre 2016


Un mot

Le contre poids d’un mot 
Déchirant le silence
Un pavé dans la mare
Et des éclaboussures
Pour créer l’incidence 
L’écrire
De tes doigts coulent l’encre
Sur ta peau parchemin
Tu fais suinter le temps
Là-bas, un peu plus loin
Au creux d’une nervure
Palpite un mot de plus
Une idée en suspens
Tu la mets dans un coin
Et saisis le présent
Un mot c’est déjà bien
Un mot c’est déjà tout
Tu sais, ça prend du temps
Pour en faire le tour
Pour le reste c’est sûr
On verra ça demain


septembre 2016


Hors chants/ Silence 6

J’avance sur le fil que la vie m’a tendu. Je ne sais pas vraiment ce qui m’attend devant. Invisible destin et c’est très bien ainsi. Lorsque je me retourne, je ne regrette rien. Si c’était à refaire, je recommencerai. Du début à la fin et même un peu plus loin.
Il est de ces moments qui resteront uniques. Il est de ces voyages que l’on n’oublie jamais. Il est de ces rencontres qui nous rendent plus riches. Des regards plus profonds qui racontent une histoire dont on se souviendra. 
Il y a quelque part, quelqu’un qui pense à moi.
Il est de ces tendresses qui ne s’expliquent pas. Il existe des êtres que l’on voudrait pouvoir serrer tout contre soi.

septembre 2016


Murmures


Ce que je dis tout bas
Tu ne peux le comprendre
Je murmure à tout va
Tous mes petits secrets
Et si tu n’entends pas
Peu importe j’aurai
Soulagé ma conscience
Délivré mes outrances
Les murmures ont parfois
Cette qualité là

septembre 2016


Hors chants/ Silence 5

Chaque jour je gravis quelques marches de plus. Dans le silence matinal, le bois craque et me répond. La maison dort encore, volets clos, repliée sur son propre décor. Une vie en suspens qui attend le moment de reprendre son cours. La lumière d’une lampe dessine sur le mur des ombres rassurantes.
Sur la table, quelques livres épars me racontent une histoire. J’en prends un au hasard. Je me laisse porter par la sonorité puis je saisis le sens. Première nourriture et premières émotions au revers d’une page. Paroles chuchotées, dans l’air, une incidence. Je m’étire et le chat me regarde. Complice. Il s’étire lui aussi. Des bribes de rêves s’échappent et disparaissent. Lambeaux épars de ma nuit en partance. Mes pensées prennent forment dans la semi-obscurité. C’est un moment à part, où rien n’a commencé. Une pause, une trêve à la marge de l’existence. Le clocher reste muet. Trop tôt pour s’exprimer. Il est cinq heures. Le temps prend sa mesure dans mon bol de café.

septembre 2016



Soyons heureux

Soyons heureux tant que le ciel
Nous abreuve de sa lumière
Rien ne remplacera jamais
La pureté d’un matin clair
Dans la fraîcheur de la rosée
Quand le soleil se lève à peine
Et que la vie va commencer
J’ai eu envie de respirer
De m’emparer d’un ciel d’été
Envie de bleu sur mes paupières
Envie de générosité
Sentir le vent et son haleine
Glisser sur ma peau découverte
Envie d’amour et de bonté
Et de savoir encore donner
J’ai ouvert toutes les fenêtres
Pour faire entrer la terre entière
Et l’accueillir à bras ouverts


septembre 2016


Animal

Voici le vent
Les museaux contrarient la poussière 
Sur les chemins de campagne
Les herbiers se composent
Le temps se décompose 
Dans le fatras du monde
Une fleur a poussé
Unique et improbable au milieu du chantier
Respirer quand les chiens sont lâchés
Tout au bout du sentier, s’éteignent les genêts
Une course et le vent qui halète
Les langues assoiffées sont imprégnées de l’air
Faire halte
Une odeur qui tournoie
Impudique et sauvage
Les chiens aboient près du terrier
Devant eux le grand noir de l’abîme
La terre respire au bout des truffes
Humides et affamées
Tout autour
Odeur d’humus et de forêt
Laisser les chiens frémir et gratter le sentier
Là-bas, sur la colline
Les futaies ont caché le pelage doré
Bruissements incertains
Une biche est passée dans le plus grand secret
Tandis que les gueules s'acharnent dans la terre


septembre 2016


Hors chants/Silence 4


De toi émerge mon tout

Dans un jardin public où fleurent bon les secrets, les promeneurs s’esquivent de buisson en charmaie. La trémière se déploie sous la chaleur intense. Vibrations de l’été sur l’ombre incandescente des femmes épanouies. Le roux de tes cheveux embrase ma palette. Rien que le feu dans le soleil couchant. L’herbe s’enflamme à chacun de tes pas. Mon rêve ressurgit à l’orée de ta peau. Où que je sois, tu sembles être.
Tu es dans celles qui se trahissent par un éclat. Je te retrouve impunément sur le rire de chacune. Parce que je suis un amoureux. Transi sous le plomb de l’été. Et ta blancheur devient inaccessible sur les gorges offertes
Chaque allée me suggère un allant disparu. Les pas ne sont plus tiens sur mes chemins perdus. Je cherche tes couleurs parmi les inconnues. La chaleur du couchant m’invite à l’imprévu. Et le nu des statues me trouble au plus haut point. Est-ce toi dévêtue qui chavire mes sens ?
Rien n’est définitif. Je trouve la cadence dans une autre existence
Dans une autre conscience

septembre 2016



Hors chants/Silence 3

Quand rien n’arrête le regard, l’immensité devient concrète. Dans le soir qui s’accomplit, la terre délivre sa chaleur. Le cyprès s’agrandit et projette son ombre sur l’écran bleu du temps. Il fait beau. Aucun bruit. Peut-être quelque part le murmure du vent. Et le grain du pavé devient doux sous mes pieds. Les montagnes soulèvent des milliers d’émotions. J’ai la sève qui monte rien qu’en les regardant. Tout là-bas dans le ciel, la forêt n’est que courbes, mystérieuse et sensuelle. Mon doigt suit le tracé de sa féminité. J’ai presque l’impression d’apprendre à exister. Dans le flux du moment, je saisis l’important. Ce qui me rend vivante. Le tout, le rien, le rose d’un nuage, l’ébauche d’un demain, dans le soir qui descend. La brise se soulève. Légère et insouciante. Elle transporte avec elle le parfum de la mer. Mes pensées délétères ont fui le temps présent. Je ne suis que matière, je bouge avec le vent.

septembre 2016