dimanche 13 novembre 2016

Hors chants/Le temps


Le temps parle pour nous. Cherche en toi ma présence. Trouve en moi l’équilibre pour exprimer ce qui nous lie. Nos pierres à l’édifice. Nos routes parallèles et nos pays communs. Nos jeunesses mêlées, nos rides conjuguées, nos mémoires croisées.
La symétrie de nos regards, l’attraction de nos mains, l’écriture de nos corps, la ligne de nos vies, le feu de notre union, l’infini de nos mots, l’étendue de nos cœurs, l’empreinte de nos pas, l’embrasée de l’amour, l’ascension de nos jours, l’écume du désir, la force de l’élan, la saveur de nos lèvres, le parfum de nos souffles, les éclats de nos rires, la gaieté de nos larmes, le chant de notre amour, la vague du plaisir et le sel de nos peaux, la sueur de nos fronts, l’entente de nos voix, la faim de nos espoirs, l’effusion de l’espace, un continent à part, une poésie nue, la montée d’une sève, l’immensité de nos victoires et nos paix intérieures. Une grâce en plein ciel, un aboutissement. Le parcours de nos nuits, le dessin de nos actes sur les draps toujours chauds d’une bataille amie.
La valeur ajoutée de nos discours sensibles et l’envol de nos rêves dans la traîne troublante d’un petit matin.

novembre 2016


Aquarelle

Je me souviens si bien
De ces petits matins
Où le rose du ciel 
Se répandait au loin
Comme un heureux présage
Aux teintes accordées
Comme un souffle de vie
Un air de liberté
L’herbe sous mes pieds nus
Le front dans les nuages
Et le regard au vent
La caresse du jour
Qui peint son aquarelle
Emouvante clarté
Au milieu du jardin
Une note s’élève
Le bonheur esquissé
Dans l’ocre d’un rayon
Le frais de la rosée
Sur mon premier frisson
Le monde se réveille
Il suffit de si peu
L'aube réinventée
Le pur à ma portée
Et la beauté ruisselle


novembre 2016


Hors chants/Hivernales


Les arbres effeuillés, le jardin sous la pluie, la toile dé
nudée, une harmonie de gris s’étale à l’infini. Nostalgie de l’hier, l’été enseveli à quelques pieds sous terre. L’exubérance de nos jours s’éloigne peu à peu. Comme une fête qui s’achève. Et le timbre aimé d’une voix s’évanouit doucement. Le glissement des pas sur le pavé. Légers. Un rire contenu. L’enlacement de deux corps noués par le hasard. La courbe d’une hanche. La caresse possible. La mélodie du temps cherche 
les bons accords. Un regard indolent et le geste esquissé. Le divin de la vie dans le doux aparté. 
Si on savait parfois arrêter de bouger. Profiter d’un moment qui ne reviendra plus. S’arrimer à l’été. Et je te convierai à la fête éternelle, aux agapes profanes, à la danse charnelle. Je rejouerai la scène. Dénuée d’amertume. Tu me reconnaîtras, je serai sans regrets. 
Les arbres dénudés, le jardin sans secret, la toile déchirée, une lumière s’éteint. Le gris devient profond.
Un espoir inutile. Un souvenir en trop. Une étoile de moins.

novembre 2016






Quand le soir planera

Quand le soir planera
J’irai pêcher la lune
Dans l’étang bleu du ciel
Je mettrai des étoiles
Au fond de tes prunelles
Et puis je franchirai
L’étendue de nos mots
Pas encore prononcés
Le silence à t’écrire
Et ses petits secrets
L’ombre à déshabiller
Au bord du crépuscule
La brume à pénétrer
Le frisson à décrire
Des nuages de rêves
Des bouquets d’émotions
Des poèmes à te dire
Je le ferai tu vois
Sans autre condition
Que de pouvoir toucher
Le fond de ta pensée
Et faire éclore en toi
Nos quatre vérités


novembre 2016


Hors chants/Une musique


Il me faudrait une musique. Une fuite subtile aux notes rassemblées. Les sillons de mon cœur gardent au chaud leur semence. Grains de vie, petites poésies près du lac incendiaire où les feuilles roussies attendent le bon vent pour achever leur vie. Il me faudrait l’épaisseur de l’écorce pour avoir le courage de vaincre les tempêtes. Mauvaises pluies qui s’introduisent et martèlent mon crâne. Gouttes amères, je m’égare pour déborder de tout mon soûl. La teinte des buissons ravive mes cheveux. Oriflamme automnal et mes rêves s’emmêlent dans le vent capricieux. La colline se perd dans le brun de mes yeux. L’illusion de mon rêve forge des vérités. 
Il me faudrait une musique. Pour respirer encore. Enjoliver mes flétrissures. Cueillir la grappe de fruits mûrs avant les premiers givres. Avant la triste neige. Retarder l’avalanche en croquant dans la chair. Fouiller les combles du présent, la moelle de mes os pénétrée par la vie. Mon cœur est l’ostensoir aux multiples rayons. Regarde qui je suis. La braise et la passion. L’étincelante flamme qu’on trouve dans la nuit.

novembre 2016



Hors chants/Au-devant


Au-devant, les jours blêmes. J’ai retenu le ciel entre mes mailles. Encore un peu du bout des doigts, toucher le temps qui s’évapore. Le monde est beaucoup trop petit à l’intérieur de la maison. Et dehors, ma coquille est si frêle face aux intempéries. Quel est le mal que l’on me veut, quel est le bien que l’on me fait ? Quel est le beau que l’on me souhaite, quel est le pire qui me guette ? Au-dessus, ta présence aiguise ma conscience. Et dans l’ombre de toi, mes nuits seront fatales. Au-dedans, une fièvre. Comme une intempérance. Un excès de vitesse. Un choc inévitable. Une glace fendue. Je ramasse à la pelle les débris malheureux d’une quête éphémère. Et parfois je m’y perds. Et souvent je me blesse. Ma lame incandescente. Mon excès de lumière.
Au-dessous, la distance qui sépare nos pas.


novembre 2016


Les bords de mer

J’aime les bords de mer
Quand la vague s’achève
Pour renaître plus loin
Une voix qui s’élève
Dans le remous du temps
Un éternel refrain
Là-bas un goéland
Qui joue avec le vent
Dans ma poche aux trésors
Un bout de bois flotté
Le blanc d’un coquillage
Et du verre émoussé
Les algues odorantes
Sont comme des cheveux
De sirène égarée
Tandis que les hauts mâts
Dessinent dans le soir
Un horizon serein
Dénué d’amertume
Quelque part au lointain
Une île dans la brume
Des nuages à fleur d’eau
Et la roche irisée
Brille dans l’infini
Une vague respire
Et l’écho de son souffle
N’est qu’écume bleutée
Tant de choses à décrire
De détails innommés
La beauté qui palpite
La fluidité d’un rêve
La lumière sur mon front
Dans le soleil couchant
S’étendre sur la grève
S’imprégner du moment
Laisser glisser le sable
Sur mes rêves mouvants


novembre 2016


Hors chants/Un vide


Ils ont quitté la scène. Première neige au milieu du décor. Ils ont laissé le temps partir à l’abandon. Des chaises vides arpentent le plancher. Une table et deux verres. Une lampe allumée. Les restes d’un repas à peine consommé. Des cendres sur le sol. Un foulard égaré. Quelques lettres écrites, des mots éparpillés. Le chat sur le fauteuil. Un amour griffonné. Ils ont quitté l’espace qui leur était dédié. Acteurs involontaires d’une pièce inachevée. Premier froid qui s’installe. Silence à couper au couteau. Au beau milieu d’une tirade, ils se sont envolés. Sans avoir su se dire ce qui comptait vraiment. Un vide inexpliqué. Tout le monde attendait un heureux dénouement. Un projecteur s’éteint. Et la neige envahit les dernières illusions. Au premier rang, une femme frissonne. Emotion dans la salle. Rideau noir. Le trouble devient palpable. L’obscur inexcusable.
Ils ont quitté la scène. Et dans un grand silence, le public a pleuré.



novembre 2016



Hors chants /D'où je viens


Je ne sais d’où je viens ni vraiment qui je suis. Mais j’ai le souvenir de venir de très loin. L’origine du temps s’est perdue quelque part dans ma chair. Femme aux mille soleils, les cieux m’ont accordé le bonheur à outrance. Dans le clair d’un regard, je me suis retrouvée. La douceur d’un rivage dès le chant de l’aurore. Le temps n’avait pas d’âge et mes mains sans histoire déplaçaient les montagnes. La volupté des jours jalonnait mon parcours. J’en recueillais le sens. A la lumière d’une flamme qui jamais ne s’éteint. Les poèmes sont vastes quand on y met du cœur. Et dans l’ombre des livres, palpitent des possibles, des terres sans entraves, des bonheurs sans limites. 

Je ne sais d’où je viens ni vraiment où je vais. Dans le vrai d’un sourire, je me suis racontée. A la fleur ébauchée, je me suis confiée. Au vent impétueux, j’ai livré mes pensées. A l‘homme qui passait, j’ai dédié mon amour. Au temps qui me narguait, j’ai donné ma personne.

novembre 2016


L'essentiel


Sous la voûte du temps
Approcher l’essentiel
Mesurer l’infini
Dans le vol d’un oiseau
Qui s’en va retrouver
L’ivresse des beaux jours
Dans l’arrondi du ciel
Libérer la jeunesse
De ses premiers printemps
Retrouver la primeur
D'un nouveau sentiment
Dévorer sans compter
La vie à pleines dents
Dépasser le courant
Des choses inutiles
Aller vers l’horizon
Là où tout est possible
Effleurer la lumière
Dans la fuite du vent
L’amour donne des ailes
A ceux qui ont vingt ans

novembre 2016


dimanche 6 novembre 2016

Champêtre


Au creux de sa prunelle, la splendeur des beaux jours. Comme une protection contre l’oubli. Dans le ciel de novembre, le blason immortel d’une œuvre inachevée. Un pansement contre le vide. Son regard se projette. Un trou bleu dans la vie. Les soupirs vont s’étendre jusqu’à cet infini. Un visage connu, un soleil agrandi, une ode au disparu. Quelque part, l’espérance d’une fidélité. Face aux vastes conquêtes, les neiges sont bien loin. Mais les monts éternels balbutient un secret. Un chant surgi d’ailleurs. L’existence d’un temps où luisait la lumière. Sa robe aux mille odeurs traversait l’étendue d’un rêve approprié. Quand l’amour prolifère. La dorure du blé s’imagine dans l’incandescence d’un rayon. Les premières nichées et les sillons tracés. La gorge pleine d’intentions. Sauvages étaient les roses. L’audace était permise. Et dans le paysage, une dentelle blanche. La brise était jalouse. L’humeur était joyeuse. 
Sur le chemin, l’évanescence d’une frêle douceur. Les choses les plus simples s’accordent à l’aurore. 
Au creux de sa prunelle, l’évidence des jours. 
Sa robe voletait, légère et insouciante.

novembre 2016


Oublie-moi

Oublie-moi, je ne suis
Qu’un soupir égaré
Une langue perdue
Erodée par le temps
Une vague notion
Qui n’a plus tout son sens
Un être sans regard
Un prénom sans histoire
Qui aurait disparu
De ton calendrier
Une âme sans mémoire
Sortie de ton passé
Une glace sans tain
Une ombre dérisoire
Sans signification
Poussière d’existence
Un souvenir ancien
Qui flotte encore un peu
Au bord de ta conscience
Avant de s’en aller
Mourir un peu plus loin


novembre 2016


Instant

La puissance d’un leurre
Au beau milieu d’un champ
De fleurs
Tes bras frais en bouquet
La caresse d’un jour
Les ébats d’une abeille
Frivole
L’extrême d’un pétale
Le doux d’une poitrine
La course d’un élan
Ta parole
Ivoirine
Même le vent
S’abreuve à ta bouche
Le ciel frémit
La corolle est suprême
Et l’abeille tournoie
S’approprie des secrets
Aux confins de ta peau
Le verbe et le pollen
Le possible des songes


novembre 2016


Hors chants/Novembre


Novembre en devenir sous un soleil radieux. Une envie de paresse miroite sur mon âme. Rêveuse. Les ombres raccourcissent et mon corps s’agrandit. Une flamme revit. La fonte d’un glacier dans mon regard d’enfant. Errements d’un torrent dans le bleu du printemps. Les morts peuvent dormir. Et la terre s’accomplir. Les nuits seront plus gaies. Ma plume frôle l’ange. Le duvet de mes mots recouvre ta désespérance. Sois l’audace incarnée comme un porte-flambeau à la face de Dieu. Ton sourd murmure deviendra évidence. Car hors de ta conscience, il existe des mots qui veulent signifier une autre vérité. Frissonne encore un peu, le vide a tressailli. Ton sourire est un monde où puiser l’innocence. Mes mots se constellent d’étoiles. Dans l’onde, une apogée. Sublime embrasement. Une fête éternelle, un rite permanent. Je te nomme et les fées bénissent ton berceau.
De mon amour sans fond, naîtra le paradis.

novembre 2016


Hors chants/Eveil


L’infime se déploie dans la phosphorescence d’une aurore ébauchée. Une traînée de ciel suggère des possibles tandis qu’un chant secret irrigue la vallée. Plus loin sur le coteau, le raisin a mûri. La vie ruisselle, une larme grandit. Une joie intérieure. Une peine vaincue et la source jaillit. Une résurrection, un bonheur accessible. La claire appréhension du temps qui se dessine. Au-delà de toute imagination. Le saisissement de soi comme une apothéose. L’ascension du présent, puissant et mortel à la fois. L’herbe grandit, la rumeur s’amplifie et la nuit s’évapore. Sans aucune équivoque. Rien ne s’oppose à l’éclatement du jour. 
Dans la lenteur du vent, un oiseau prophétise.

novembre 2016


mardi 1 novembre 2016

Nos rêves

Nos rêves dans les mains
Les limites s’effacent
Un sentiment nouveau
Cogne sous la poitrine
Dans la quête du vent
Les nuages poursuivent
Un voyage sans but
Si ce n’est de flotter
Toujours un peu plus loin
L’horizon s’est perdu
Dans le creux d’un matin
Nous suivons le sentier
Qui va jusqu’au rivage
Nos rêves par milliers
Pour nous accompagner
Sans aucune contrainte
Un air de liberté
S’immisce dans nos mots
Et les rend plus légers
Mouvement des marées
Le sablier du temps
S’accorde à nos élans
Réinventer le jour
Et suivre l’oiseau blanc
L’aurore a des couleurs
Qu’on ne voit qu’une fois


novembre 2016


Toussaint

Pourriture annoncée
Sous les larmes de pluie
Reliquats du passé
Résultat de l’automne
Et deuil inconsolé
Bienvenus chrysanthèmes
Et visages crêpés
Un océan de peine
Mon regard a pleuré
Sous l’étoffe ondulée
Autour de moi flottait
Le parfum de l’éther
Le marbre était glacé
Et le monde en sursis
Les orgues ont chanté
Je me suis secouée
Le ciel a respiré
Le grand arbre a frémi
Le brouillard s’est levé
Revenir à la vie
Je m’en vais balayer
Quand je ramasserai
Ces feuilles entassées
Qui encombrent ma porte
Je me sentirai mieux
Peut-être plus légère
Peut-être un peu moins morte


octobre 2016


Hors chants/Les brumes matinales


Les brumes matinales apaisent le regard. Le temps s’est resserré, l’horizon se rapproche et l’abîme est comblé. L’oiseau respire, la feuille vrille. Son unique échappée dans le blanc de l’automne. Une page s’écrit. L’arbre s’ébroue. A peine un froissement. La mousse est sa mémoire. Les jours éparpillés flétrissent sous mes pieds. Une branche griffonne un poème en suspens. J’attends. Une éclaircie, un dénouement. 
La fougère a flambé sous l’effet de novembre. Le chemin disparaît dans les limbes du temps. Je suis partout et nulle part à la fois. L’oiseau m’effleure de son aile. Relents de terre, petite bruine. Solitude du banc de pierre. Les amants sont ailleurs. Là-bas, d’autres voyages, des soleils de minuit et des lunes en plein jour. D’autres mots à écrire et d’autres circonstances. Un ciel comme en été. Là-bas, ils sont allés poursuivre un idéal. Inventer la lumière, la brume s’évanouit. Je rêve sous la pluie. Sur le banc déserté, une goutte est tombée. L’oiseau respire, la feuille vrille et succombe à mes pieds.
Là-bas …
Là-bas, ils sont partis tandis que je demeure. 
Ici.

octobre 2016


L'invisible

Offre-moi cette chose
Qui habite ton cœur
Cette part invisible
A l’œil indifférent
Et qui pourtant te rend
Tellement plus humain
J’aimerais me poser
Sur ta face cachée
Prélever en secret
Deux ou trois vérités
De celles qui contiennent
Le simple et l’essentiel

Et je pourrai peut-être
Apprendre qui tu es


octobre 2016


Toi

C’est toi que je voulais
Pour apaiser le vent
Allumer les étoiles
Dérider l’océan
De toi dont je rêvais
Tandis que je mettais
Du blanc sur les nuages
C’est toi que j’attendais
Visiteur de mes nuits
Pour écrire un roman
Accumuler des pages
Et rompre mon ennui
A toi que je donnais
Le gage d’un amour
Sans avoir à te dire
Que c’était pour toujours
Le temps se désagrège
Et le soir oblitère
Ce qu’on croyait précieux
Je colle un idéal
Je peins le ciel en bleu
Agrémenter la toile
Rêver encore un peu
Aujourd’hui dans nos mains
L’avenir incertain
Mais si rien n’est acquis
Je crois toujours en toi
En regardant passer
L’automne de ma vie


octobre 2016


Hors chants/L'accessible

Je me voudrais tranquille et sans nulle requête. Pour accueillir en moi l’épaisseur du silence. Tracer d’autres sillons sous un soleil clément. Retrouver l’innocence du tout premier instant. M’évader des contraintes, gagner en transparence. Et les paumes ouvertes, conjuguer le présent. Recueillir l’essentiel, fouler l’herbe sauvage, effleurer l’arc-en-ciel, effacer les nuages. A l’oreille tendue, je saurai me confier. Sous la caresse nue, je m’illuminerai. L’amour transformera les traits de mon visage. A l’homme parvenu dans mon champ de vision, je saurai me donner et laisser libre cours à l’imagination. Sous mon front, des possibles et des terrains d’entente. Je défais les verrous et rentre mes défenses. Au rire bienveillant, je me donne à loisir, j’accorde mes errances, ouvre mes paysages. Je ne demande rien. Mes yeux sont des offrandes où luisent des bonheurs. Sur ma peau, l’inconnu des routes non tracées. Les mystères des plages encore inhabitées. Les aurores des jours au rose insoupçonné. A la parole tendre, je tisse un devenir. Je permets à l’écho d’avoir une incidence. 
Sauras-tu entrevoir ma beauté intérieure ? A la source jaillissent mes plus belles valeurs.

octobre 2016


De quel côté du coeur

De quel côté du cœur
M’as-tu fait une place ?
Du côté de l’oubli
Ou bien ai-je une chance
D’être encore là demain
Crois-tu que je tiendrai
Malgré le temps qui passe ?
Je voudrais me trouver
A l’endroit du bonheur
Pour évoquer en toi
Les beautés de la vie
Le vent et les oiseaux
Le parfum de la terre
Qui monte après la pluie
La couleur de mes yeux
Les éclats de mes rires
Le doux qui nous unit
Dans le soleil d’automne
Et ma main dans la tienne
Je saurai t’entraîner
Encore un peu plus loin
Ensemble nous irons
Poursuivre le chemin


octobre 2016


Hors chants/Flambée


C’est comme un soir d’automne où le feu s’éternise. Une odeur de châtaignes et de bois consumé. Une note paisible et des mots assemblés. Un discours ébauché. La flamme se ravive, un espace se crée. Nous pouvons nous parler sans craindre les tempêtes. Les plaies sont refermées et les vitres sont closes. Les volets attachés. La pluie peut bien cogner, le feu métamorphose le cours de nos idées. Aujourd’hui tu veux croire et je crois avec toi. Un rêve, une évasion. J’en ai besoin, tu sais. Un trop plein d’émotions. Car quelquefois le monde semble si étroit. Aucune perspective. Un semblant de raison pour paraître conforme. Du jour au lendemain, me fondre dans la norme. Oublier les vertiges, les fièvres passionnées. Nomade sans repos, je me suis désistée.
N’être plus que moi-même, l’étincelle a brillé. Me frotter à l’espace. Complice et sans naufrages. Serein et enthousiaste. Semblant de vérité. Innocence verbale, je t’offre un nouveau mot. Venu de nulle part. Un mot réinventé, une plage accordée. A toi de décider quel impact il aura.
S’asseoir et regarder une bûche flamber. Sans aucune promesse. La brûlure est si près.

octobre 2016



Hors chants/Les nuits verticales

Dans mes nuits verticales, je cours après des rêves qui hantent le plafond. Impossible sommeil. Mes yeux sont des fenêtres ouvertes sur le vent. La lune se répand, impassible et blafarde. En sourdine le temps creuse chaque seconde. Sous mon front, la tempête. J’accuse le moment. L’heure est un trou béant où mes pensées s’égarent. Les souvenirs abondent. Les nuages sont lourds de signification. Des fantômes me guettent. Leurs manteaux de misère traînent dans la poussière. Je crains cette invasion.
Mais je marche à l’envers, je vais à reculons. Au plus noir de la nuit, je me laisse happer. Je ne maîtrise plus mon imagination. Le flot de mes idées m’entraîne à un endroit que je connais si bien. Mon cœur bat la chamade et l’aube est encore loin. Je me laisse porter jusqu’à ce point précis où je vais te trouver. Quand ton ombre apparaît, les orgues se déchaînent, je m’abandonne enfin.

octobre 2016


Hors chants/Septième ciel


J’écrirai dans tes yeux la quête de moi-même. Pour irradier les jours qui m’attendent devant. Je prendrai dans tes mains l’encre bleue volubile pour en faire un roman. Je descendrai le fleuve à l’onde si tranquille pour m’arrimer à toi. Je me verrai venir jusqu’à cette embrasure où l’intime se crée et j’ouvrirai tes bras. Comme une invitation au plus beau des voyages. Je lâcherai mes mots, ma bouche te dira. Un baiser s’oubliera entre deux émotions. Je tournerai les pages, j’agrandirai ton lit pour y trouver ma place. Mon souffle te suivra, la nuit sera sublime. Nous humerons la vie. Et l’odeur de l’amour imprégnera ta chair. Mon encre deviendra capiteuse et sensuelle. 
J’écrirai dans tes yeux ce lien qui nous unit. Nous monterons ensemble les marches du palais. Nous courberons le temps, toucherons les nuages. Je t’offrirai la clé qui mène à l’éternel. Au pur, au sans limites. Et nous irons tous deux jusqu’au septième ciel.

octobre 2016


Hors chants/Dans le courant

Quand la journée m’entraîne à grandes enjambées, je m’attache au présent et ralentis le pas. J’accorde à la poussière le temps de se poser. Apprendre à regarder. Vaincre les apparences. Je donne à la lumière une autre vérité. Figer ce qui s’enfuit et dévie du regard pour aller exister toujours un peu plus loin. Là-bas, un peu plus tard. Une longueur d’avance, un sentiment de trop, une course inutile. Réprimer l’intervalle, diminuer la distance. Pourquoi anticiper alors que l’essentiel est à portée de vue. L’horizon me retient. Revenir à l’instant. Essuyer la poussière d’un geste de la main. J’inspire et m'approprie la beauté du moment. Apaiser le courant, l’inextinguible vent qui souffle et se répand. Je ne veux plus bouger, simplement respirer. Je ne veux plus penser. Etre et avoir été. Se contenter d’aimer. La moindre des présences. Apprendre à écouter dans le plus grand respect. L’éclosion du silence. L’infime dénouement. Ma seconde tracée, mon intime richesse et mon ultime pierre. Edifice incertain, je suis au beau milieu d’un monde qui m’échappe. Regarder la lumière. Expirer sans contrainte. Et vivre l’infini dans le blanc de l’éclair.

octobre 2016


Hors chants/Nouveau jour


J’aborde un nouveau jour en ouvrant les volets. J’engloutis cet espace qui s’ouvre à la lumière. La romance du vent tinte dans la maison. Une idée me revient. S’accroche à ma mémoire. Hante le quotidien. Je secoue mes cheveux dans un dernier frisson. La vague noctambule reflue un peu plus loin. Je chasse le vécu, je brade mon passé, j’évacue mes chagrins. Fenêtre sur le temps, à travers la vallée coule encore la rivière. Brisure d’un instant. Je chasse une poussière, une entrave au présent, une vague de trop, un mauvais élément. Une larme de trop. Je vais un peu plus loin. Matin entre mes doigts. Si frêle et si fragile, une feuille tournoie. Indicible beauté, je m’offre au temps présent. Ma place est là tout près, dans l’onde bienfaisante aux reflets irisés. Derrière le tournant, scintille la rivière. Je trace ma présence, j’effleure le galet qui raconte une histoire et j’invente la mienne, l’aube à peine ébauchée. Tout est à recréer. Les intentions qui touchent, les mots qu’on n’a pas dits, l’amour non déclamé et toutes ces histoires pas vraiment abouties. 
J’aborde un nouveau jour en ouvrant les volets. Si je tendais les mains, aurais-tu cette idée de tenter de m’atteindre ?
J’espère encore un peu dans le petit matin.

octobre 2016


Hors chants/Nuit de Chine


Quand la nuit s’offre à moi, je vais à sa rencontre sans craindre l’inconnu. La forêt de mes rêves murmure une impatience. Elle attendait mes pas pour nourrir ma conscience, pénétrer mon sommeil et apporter du sens. Un ciel attentionné étale sa douceur. Un bleu de porcelaine aux sombres profondeurs. La lune était de chine et mon peignoir de soie. L’attribut d’un moment. Il sentait bon le temps qui n’appartient qu’à moi. Une délicatesse aux pouvoirs bienfaisants. Des cerisiers en fleurs tapissent mon regard. Le rose d’un pétale sur l’ambre de ma peau. Tout à fait entre nous, je me vêts de langueur. D’un soupçon de jasmin, d’une paix intérieure. Et glissent mes chimères et voguent mes galères. 
Quand la nuit s’offre à moi, j’aime la pénétrer, connaître ses audaces. Le parfum de Shanghai, les amants papillons qui viennent s’abreuver tout juste à la lisière. Flux et reflux du temps. Je m’inscris dans la pierre et tisse un nouveau fil pour avancer ma toile. La forêt de mes rêves abreuve mes espoirs, entretient mes passions. Tout au bout de ma nuit, palpite une émotion. Je n’ai plus peur de rien, je vais vers la lumière. Le beau du lendemain scintille à l’horizon.

octobre 2016


Hors chants/Il était une fois


La vie commençait là. Tout au bord d’une page où l’encre avait déteint. Ou bien c’était le ciel, ou bien alors tes yeux, je ne sais plus très bien. J’ai capté ta présence et je n’ai plus bougé. L’automne s’égayait, les arbres rougissaient. J’aimais leur indécence. Le vide était si plein, la récolte fut riche. Et le foin abondait. J’ai eu tant à te dire durant tout un été. Les greniers exultaient. Mon amour foisonnait. L’hiver est arrivé. Le gel a éclaté deux ou trois vérités.
Je récolte la vigne des mots sans importance. J’exprime un trait d’esprit qui ricoche et s’enfuit. Je cueille une incidence. Je retiens de mes mains les idées qui m’importent. J’invente un peu, je sais. Des vers qui n’ont pas lieu. Demeures incomprises. Dévidoirs des secrets. Des lignes qui peut-être, n’existeront jamais. Mais ça me réconforte. De penser que là-bas, à l’endroit de mes rêves, nulle censure des mots. Je suis allée plus loin. Là où j’ai pu écrire, sans retenir mes doigts. Je vais te raconter ce qui ne se dit pas. Il était une fois …

octobre 2016


Hors chants/Un jour

Une fois détachée de tout, l’automne me racontera ce que je n’ai su entrevoir. Désarmante simplicité si difficile à rencontrer. Quand l’arbre dénudé hantera la fougère, j’irai me concentrer sur l’infime éphémère. Le détail accompli qui passe inaperçu. L’invisible essentiel. Car grande est l’étendue d’un regard accordé quand il sait se frotter aux touches de la vie. La beauté ordinaire, ce qui va m’emporter, la course d’un chevreuil, la courbe d’un nuage, le rouge d’une feuille, ce qui va me grandir. Ce qui va m’accomplir. Ce qui va appuyer sur ma corde sensible. Pulsion du temps sur la paupière. Un battement dans la fougère. Le bruit de la forêt quand crissent les châtaignes. Le piquant sur les doigts, le présent qui se crée. Le goût de la poussière. Je deviens accessible au moindre courant d’air. Je ne suis que pollen. Un rêve en devenir, une danse légère. Et ce vent qui m’enlève avant de m’accrocher sur un carré de terre. Un jour je pousserai. Un jour je deviendrai un grand arbre habité. L’arbre aux mille senteurs. Pollen et jours d’été. La châtaigne se fend. Quelque part au-dedans, un feu s’est allumé.

octobre 2016


Pensée

Tu vois, j’emmagasine
Ces secondes furtives
Menant à la beauté
Je divague au grand jour
Quand le temps le permet
La terre est une toile
Que j’aime contempler
Je glane et te confie
Le tendre et le secret
Entre deux rêveries

La portion d’un moment
Où j’ai pensé à toi


octobre 2016


Hors chants/Une âme


Une âme désertée caresse d’une main, un souvenir ancien. Son lit est un radeau, ballotté par les flots où personne ne vient. Solitude arrimée au tréfonds de son corps, la bouche délaissée, la gorge desséchée, sa voix est sans issue. Redoutable silence et paroles déchues. Le miroir est sans tain. Il ne sait révéler que des grains de poussière, une image gommée, un visage sans traits. 
Une âme abandonnée s’habitue à l’absence. Au manque de lumière. Ses pas désaccordés côtoient l’indifférence. Ses nuits sont des trous noirs, des gouffres d’amertume ou des plaines arides. Et le froid s’insinue entre les quatre murs. Le grand vent s’évertue à chasser la moindre conséquence. L’oubli comme rempart. Ne plus rien ressentir. Surtout ne pas faiblir. 
Une âme sans histoire vient traîner quelquefois dans le courant obscur de ton imaginaire. L’as-tu donc inventée ? Tu te souviens à peine. D’une bouche sans nom, gourmande et éphémère. Charnue et carnassière. Du plaisir et des sens. Un acte consommé. Un regard effacé. Aurais-tu oublié ? 
Une âme à la dérive, une vie sans attrait, une peau sans amour, un parcours imparfait.

octobre 2016


Hors chants/Le bruit de l'océan

Nos corps enchevêtrés gisaient dans la lumière. Dans la chambre nos souffles s’accordaient au silence. On aurait entendu une mouche voler. Sur le mur la pendule s’obstinait à compter. Tic-tac, la nuit se modelait, le temps se reprenait sur la courbe tranquille d’une heure en devenir. Nous étions dans l’après. Quand la vague a grandi et nous refoule au loin, épuisés de bonheur. La glaise de nos jours imprégnée de sueur, le lit de notre amour où ta main me retient, mon corps abandonné, ta peau comme un écrin. En moi ton abondance, sur moi ta vérité. J’étais ce monde à part où tu jetais ton ancre. C’est là que tu déjouas le rythme de nos vies. Tu chevauchais le vent, j’étais un océan. Maintenant je reviens sur la plage tranquille. Je rêve dans un coin. Dérive et me souviens. Du beau de ta présence. Ce fut un champ de paix, un chant de liberté. Un cri à l’unisson. Les aiguilles en joie martelaient la cadence. En moi cette jouissance, le matin s’allumait. Ta pensée m’a suivie, ta main n’a pas bougé. Je sentais ta présence. Et mon corps apaisé a pris de l’importance.

octobre 2016