samedi 21 octobre 2017

Trois petits tours ...


Quand je quitte la scène
Personne n’applaudit
Le silence est épais
J’entends même une mouche
Mourir sur le plancher
Alors je me demande
Derrière le rideau
Ai-je vraiment compté ?
Ou n’étais-je qu’un rêve
Que quelqu’un a étreint
Puis a laissé filer
Faute d’imaginer
Une suite acceptable

octobre 2017


Sentimental

Ne me cherche plus là où j’aurais dû aller
Je n’y suis pas, je suis désorientée
Quelquefois, la lumière m’étourdit
Et j’erre sur la piste aux mille et une issues
Où d’autres avant moi ont fini par se perdre
Quelquefois, j’ai envie de pleurer
Le désert est si grand que j’ai peur d’y rester

Mais j’entends vibrer une note d’espoir
Dans le souffle du vent
Un air inabouti qui ressemble à ta voix
Quelque chose en suspens
Ne brise pas ce mot avant de me le dire
Laisse-le venir à tes lèvres
Laisse-le s’épanouir
Comme fleurs au printemps

Alors j’avancerai
Même les yeux brouillés
Jusqu’à l’aveuglement
J’irai
L’amour est ainsi fait

Entre ce moment-là et le moment suivant
Eblouis-moi encore
Offre-moi ce bouquet


octobre 2017



Quelqu'un


Entre ce moment-là et le moment d’avant, l’imperceptible me surprend. Je ne serai plus jamais la même. Tourbillons éphémères, la fougue passagère, la perte de l’élan avant le dénouement. Final et sans appel.
Rien de ce qui a été ne pourra l’être encore
Exactement
Au même endroit
Et pourtant
Là, tout contre ma peau
L’intime sensation d’un geste familier
L’apaisement des heures dans la déliquescence du jour
L’émotion perpétuelle
La caresse esquissée
L’ampleur du mouvement
Jusqu’à son apogée
Le sentiment d’être quelqu’un
Enfin

octobre 2017


A deux

Nous marchons dans le soir vers un même destin. Ecoute-nous un peu nos pas.
Regarde derrière nous, cet étonnant chemin que nous nous sommes frayés. Nous l’avons fait à notre image. A tort ou à raison. Ensemble ou séparés.
Qu’avons-nous récolté?
Nous y avons trouvé ce qu’il y a de pire quand tout foutait le camp. Nous avons accusé nos erreurs et protégé nos corps des tumultes du temps.
Nous y avons puisé le beau quand le ciel s’y prêtait. Pour devenir meilleurs.
Même quand j’ai eu froid, je ne regrette rien. J’ai reçu beaucoup plus que cela m’a coûté.

Ta main cherche la mienne. Entre nos doigts croisés, nous avons détenu l’essentiel.
Nous allons vers la nuit.
Confiants.


octobre 2017
photo: d'après une réalisation de Jipé Bocquel





Seconde jeunesse


Une lumière particulière
Loin des rayons abrupts de l’été
Loin des pluies torrentielles
L’allégresse renaît
Une douceur inattendue
Aplanit nos tensions
Pour réduire à néant
Nos doutes pernicieux
Nos colères infondées
Nos mots trop conséquents
Nos excès, nos silences
Nos rires désaccordés
Je fais sauter tous les barrages
Défie le temps qui passe
Malgré l’usure des pierres
Je n’ai plus peur des flots
Mon corps est de fortune
Mais la rivière y coule
Comme aux premiers instants
Abreuve-toi encore un peu 
Avant qu’il ne m’échappe

Avant que le soleil 
Ne se consume tout à fait

octobre 2017
d'après une réalisation de Jipé Bocquel


Peut-être


La pierre a tressailli, la lézarde s’étend, s’immisce dans le mur et gagne en profondeur. 
S’attarder sans fléchir dans la douceur ouatinée d’une brume automnale. 
Bientôt, nos lèvres gèleront. Asséchées par le froid, elles feront silence. Effacement de nos passions. Déjà, nos sourires craquèlent. Dans nos yeux, la dernière étincelle se tait. 
Peut-être avons-nous été trop heureux
Peut-être 
L’impétuosité nous emmena si loin. Une effusion vitale. La source originelle, l’emballement des corps, la reprise du souffle, l’arrogante jeunesse. Nous avons tant voulu, désiré sans restriction. Nous avons tant aimé que les mots nous manquaient. Nous nous sentions humains au-delà de toute mesure. C’était beaucoup trop grand pour pouvoir le nommer. Mais savions-nous alors ce qu’était la beauté ? 
Je me souviens de toi, du geste à l’instant T 
En lui, se répercute le geste de tant d’autres 
Lentement, la brume disparaît mais le soleil ne m’atteint plus

Peut-être ai-je été trop vivante
Peut-être

octobre 2017


Survie

Tandis que le soleil transperce les nuages, je rajoute une couche avant les premiers froids. 
Je ne pense pas, je fais semblant. Je ne vis pas, je me dévisse au fil du temps. 
La rouille fait le reste.

octobre 2017


Le temps

Au fond, quelle importance
Le temps œuvre sur moi
Jour après jour, sans concession
Ebranle peu à peu
Mes dernières certitudes
Finalement, on s’habitue
A la moindre écorchure
A la ride tracée
Par une année perdue
Le temps me déshabille
Exhibe mes blessures
Mes amours décrépies
Mes bonheurs imparfaits
Tant de pluies déversées
Tant de larmes
De sentiments échoués
D’émotions ravinées
J’aperçois dans tes yeux
Tous mes rêves épars
Dans tes mains oublieuses
Un souvenir se désagrège
Au fond, à quoi ça sert
De vouloir résister
Le temps creuse ma fin
Et m’aura à l’usure

Que vole la poussière

octobre 2017


jeudi 12 octobre 2017

Décalage

L’obsession d’une image. Ta voix qui me déjoue. Et le non-dit se répercute sous mon front. Roulement de tonnerre. Mon cœur est un tambour. Ça fait du bruit à l’intérieur, ça cogne dans la démesure, ça brûle et ça disjoncte.
L’impression éternelle au moment de l’éclair acéré
L’arrêt sur un présent déchiqueté
Toi
Moi
Quelques pièces autour
Explosées dans le ciel
J’ai cru que j’avais mal
Tu m’attends quelque part où je n’irai jamais

octobre 2017


Nocturne


L’importance des choses, le frôlement des corps, la même voix tangible à l’extinction des feux. Lorsque la nuit survient, notre double existence paraît plus homogène, le chat semble plus gris, les angles s’adoucissent. 
Les ombres nous rapprochent et nous lient quand le jour s'atténue. 
L’étouffement des heurts, la pensée tamisée, la caresse des yeux. Lorsque la nuit nous prend, nous ne devenons qu’un. Nos colères s’émoussent, notre conscience est autre. 
L’apaisement des mots, le relâchement du temps, la dimension des peaux, la tendresse des voix, l’amplitude des gestes, hors de toute contrainte.
Lorsque la nuit m’atteint, je ne compose plus.
Et je mets moins la forme


octobre 2017


Fantasmagorie


Je glisse à pas feutrés dans le silence envahissant qui pénètre tes nuits. Je ne veux rien brusquer. Pourtant, quelque chose a changé. Ton souffle s’accélère malgré mes précautions. Ta conscience aiguisée décèle ma présence. Des sensations diffuses fourmillent sous les draps.
Je m’enrobe de soie pour ne pas te blesser. Ma parole est murmure. Je deviens la douceur inestimable qui t’aura tant manqué. Je deviens confidence, la source de chaleur où tu vas t’épancher à l’abri des regards.
Je suis cet entre-soi, briseur de solitude, au cœur de tes errances. Je suis l’espoir qui te soulève. 

Je suis celle qui vient mourir entre tes doigts lorsque l’aube s’éveille.
Et si j’étais un rêve ?

octobre 2017


...


Apprends-moi l'élégance
Du geste retenu
Alors que tout mon être
Bouillonne d'impatience


octobre 2017


Captation


Dans la pâleur du jour qui s’enracine
Accorde-moi l’imperceptible 
Le presque inexistant
La possibilité d’une révélation
Je saurai donner vie
Au moindre bruissement
Je saurai donner forme
A ces heures en latence
Je saurai donner goût
Aux paroles lancées
Pour pouvoir te prouver
Ma matérialité
Je polirai chaque pensée
Lui donnerai de la texture
Un grain, un velouté
Avant qu’elle ne t’atteigne 
Et se fasse une place
Quelque part, en douceur
A l’intérieur de toi
Pour prendre tout son sens

Du peu qui nous rapproche
Je créerai un moment
Avec une apogée
Et plein de conséquences

Demain, je t’écrirai
En lettres capitales

octobre 2017




Brumes

La forêt embuée
L’arbre déshabillé
Ecouter sans pleurer
Venir du fond de soi
La rumeur de l’automne 
L’oiseau se recroqueville
Sous un rayon blafard
Mon regard s’amenuise
L’horizon est si près
L’herbe ne pousse plus
Les champs sont terres mortes
Goutte à goutte du temps
Ma peau perd peu à peu
L’empreinte chaleureuse
Des symphonies florales
Je réprime un frisson
Alors que je voudrais

La maison grande ouverte
Le bleu à ma portée
La marée d’équinoxe
La montée de la sève
L’ébullition des corps
Le sol couvert de blé
L’odeur de ton parfum
La cadence d’un pouls
Le ciel transfiguré
L’impatience du jour
Quand le soleil éclate
Sur le chat endormi


octobre 2017


Isolation

J’ouvre quelques fenêtres sur la rue. Bruits de pas, de voix qui se dérobent, de gens qui se dépêchent. Résonance d’un chant, un cri jeté comme un appel. 
Là-bas, une ombre fuit et s’évapore dans la froide moiteur du petit matin. Cliquetis d’un moment qui s’achève. Une porte se ferme.
Bruits de rires qui grincent, de verrous qui tournent dans le vide. Bruits de larmes cachées dans un mot enfantin.Bruits de tout et de rien. De ce rien surdimensionné où le temps prend appui. Pour ne pas dérailler. Tout à fait.

Là-bas, quelqu’un disparaît. Une fin a claqué. Echos sur le bitume. Juste avant le virage, la tentative de parole et le bruit du silence. Intense.
L’impact sur le cœur.
Je contemple la vitre qui me renvoie l’insupportable vérité d’un paysage éteint.
Là-bas, quelqu’un m’oublie.
Tandis que je subis la violence du vide lorsque je suis ici.
Je boucle les volets pour ne plus rien entendre à l’intérieur de moi.

octobre 2017


A toi


A toi revient l’écume dissolue de ces mots que nous n’avons jamais énoncés. A toi revient l’écorce desséchée par un trop plein d’absence. A toi, les miettes de mon temps. Perdu à force d’être éparpillé. 
A toi revient la peau ridée par nos silences. A toi revient le geste réprimé. A toi revient l’intention étouffée. A toi revient le regard qui a brouillé les pistes. 
A toi, tous les non-dits

A toi revient la trace perdue d’un jour sans lendemain. Rien ne se recommence et rien ne se perpétue. Le soleil s’oppose à la nuit. Le désert est immense, chaque grain a sa vie.
A toi revient la foudre sous l’arbre écartelé par trop de différences.
Et pourtant

A toi revient la page où l’encre s’est diluée 
Créant la confusion
Nos vies enchevêtrées
A toi revient ce que je suis 
L’illusion d’être nous avant d’être quelqu’un.


octobre 2017


Trahison

Dans les affres insolubles de l’attente
Ressurgit l’imposture d’une vague promesse
Qui me l’a faite ?
Qui m’a dévisagée parmi la multitude
En s’écoutant parler 
Qui a haussé le ton
Avant de m’écouter
Tandis que je buvais les prémices du jour
Naturellement
A petites gorgées
Qui a faussé le cours humble et transparent
De quelques-unes de mes vérités ?
Dès le matin, la rengaine s’installe
Des mots enjoliveurs
Viennent cogner mes tempes
Et puis rien ne se passe
Si ce n’est que le mur se délabre un peu plus
Je tourne mon café
Pour noyer l’incidence
D’un mensonge erroné
Et te rends le miroir
Où tu ne m’as pas vue
Tiens, contemple-toi
Respire qui tu es
Entête- toi de ton propre regard

Dans le noir absolu
J’avale mon café
Sur la rive d’en face
Les narcisses ont poussé


octobre 2017


Dans tes poches

Dans tes poches 
Des trésors innombrables
Glanés au fil de ton errance
Tu as pris
Tout ce qu’on te donnait
Affamé et meurtri
Par ce qui t’échappait sans cesse
Même l’inattendu
Auquel tu n’osais croire
Dans tes poches
Des émotions captives
Que ta main va chercher
Parfois
Pour se persuader
Que tout était bien vrai
Alors tes doigts enserrent
La relique d’un jour
La soie d’un souvenir
Où se sont mélangés
Le parfum d’une peau
Et le sel de tes larmes


septembre 2017


Incitation


Viens
Jusqu’à l’aube nouvelle
Dépasse sans te retourner
Les fantômes qui racolent
Au plus noir de tes rêves
Et veulent t’attirer
Dans les profondeurs
D’une nuit sans retour
Ecarte les mailles du filet
Glisse-toi au dehors
Respire encore un peu
Va jusqu’à l’étincelle

octobre 2017


Arrêt sur image


Le vent s'était figé au creux de ton attente
Ton ombre s’inscrivait dans l’espace dédié
Aux gens qui ne sont pas pressés
Tes mains contenaient en un lieu 
La valeur inexprimable du présent
Ton regard révélait la patience d’un jour
En toi, l’infinitude
La révélation d’un temps inachevé
Et les mots suspendus à tes lèvres 
Racontaient ce moment
A vivre et à venir
Sublime et émouvant

septembre 2017


Bleu

Bleu
Pour dissiper le gris d’une brume traînante
Où la pensée s’uniformise
Quelconque et sans saveur
Triste page d’un jour inutilisable
Presqu’absent de la vie
Ni de goût ni de trace
Ni d’odeur
Un jour à déchirer 

Contourner le nuage qui accable le temps 
Et rend les heures 
Eminemment pesantes 
Avancer vers là-bas
Atteindre sans réfléchir un bout de quelque chose
Plus loin, c’est toujours mieux qu’ici 
Plus loin, c’est toujours mieux que rien
Retrouver les temps clairs
Transparence du froid
Pureté des non-dits 
Des angles révélés
A la lumière sans concession
Trouver un second souffle dans la rigueur du gel
Déclencher l’avalanche 
Plutôt que de me taire
J’ai le cri ambitieux 
Tu sais
Je n’étais que soleil
Quand on s’est rencontrés
Voir jaillir dans le ciel insipide
Un bleu particulier
Un bleu venu des terres
Du ciel et du grand vent
La roche exacerbée
Offerte 
Usée

Tant de millions d’années nous séparent

Saurais-je remonter une dernière fois
Tout en haut du glacier ?
Me regarder en toi sans me mettre à pleurer

septembre 2017



....


Bleu 
Imprègne-toi du soir
De cette folle espérance
Qui survient
Là où tu ne t’y attends pas
D'abord subrepticement
Puis follement 
En dehors des chemins 
Tracés
Découvre tes ornières
Tes déviances cachées
Donne-toi sans retenue
Au soubresaut de vie
Qui flirte incidemment avec le temps 
Abreuve ton regard dans le reflet intact
De ce qui fait de toi
Quelqu’un
Ressens cette émotion
Puissante et éphémère
Entière
Ne retiens rien
Défais ta carapace
Et prends le pouls du jour
Avant qu’il ne t’échappe

septembre 2017



...

Bleu
Sous le toit, un nuage
La matérialité d’une volute
Sensuelle et prononcée
Tandis qu’un mot perdu
S’évanouit en fumée
Quelques pensées éparses
Sur un tapis usé
J’entends
Tes pas
Que le temps a tissés
Je vais
Rejoindre ton histoire
Mes traces dans les tiennes

Je marche sur l’amour
Et la haine qu’il contient
Je viens sans trop y croire
Je marche pour atteindre
L’inaccessible écho
De ma propre fumée
J’aurais voulu des braises
Pour te réinventer
J’aurais voulu
J’aurais
Voulu
M’ancrer dans ta mémoire

Je suis
Ce qui m’échappe
Et marche n’importe où
Lorsque le temps
Me semble interminable


septembre 2017




...

Bleu
Plonger dans la limpidité du jour
Laisser monter en soi le murmure de la feuille
Dans son extrême combat
Vertige d’une chute inéluctable 
L’intraitable saison formule sa sentence
La conclusion s’écrit entre soleil et terre
Tragédie aérienne
Suspension
Une illusion de vie
Avant le dénouement
Fatal
Danser encore un peu
Danser
Jusqu’au dernier soubresaut
Un point final sur le chemin
Et puis plus rien
Rien que l’adieu du vent
Embrassant la poussière


septembre 2017



...

Bleu
Même les yeux fermés
Sentir en soi
L’ample mouvement du ciel
Accompagner le temps
Dans son lent devenir

Aller ensemble au cœur de chaque chose
Vibrer et ressentir
Aimer
Garder intacte
La beauté nécessaire à la vie
Avancer, respirer
Encore
Et croire en l’être que nous sommes


septembre 2017



L'optimisme


Sous le froid persistant
Je résiste à la nuit dévorante
Longues heures
Interminable attente
Lorsque le jour pointe enfin
Il est sans conviction
Improbable et tremblant
Mon sourire est transi
Et mon corps sans nuances
Ni perspectives
Mais voilà, je résiste
A l’ombre vorace de l’hiver
J'enfile ma robe bleue
En étouffant quelques frissons
Je m'en vais au jardin
Pour délester mon cœur
Trop plein
De tout, de toi, de rien
Du temps qui passe
Je redresse avec soin le cours de l’existence
Amoindris les blessures
Concrétise une attente
Remets de la peinture
Là où le temps s’écaille
Mordant été
A l’horizon
Tristes tropiques

Il me faut encore savoir imaginer
Avant que le vernis ne craque tout à fait

septembre 2017


Trace

J’ai voulu revenir sur mes pas
J’ai détourné les yeux
Et résisté au vent
Dans l’ultime sursaut du soleil
J’ai voulu retenir une partie de moi
Un peu, beaucoup
Aveuglément
Avant que tout m’échappe

J’ai laissé quelque part
Mon histoire en suspens
L’empreinte silencieuse
D’un élan réprimé
Et trop de sentiments


septembre 2017


Minéral

Nudité de la pierre
Porosité du temps
Dans la main qui façonne
Un rêve
Improbable matière
Alimenter la forme
Ecrire un contenu
Gravir cet échelon
Qui mène à la lumière
Imaginer Sisyphe
Atteindre le soleil


septembre 2017


jeudi 21 septembre 2017

Réminiscence


Faisons comme si l’aube allait s’éterniser. Je danse cette ronde où je suis au milieu. Le monde crie autour. Le monde me soulève et m’invite à son jeu. Je tourne sur moi-même, je tourne à l’infini et vois passer les jours. 
Derviche abandonné, je cherche le moment où j’aurai le tournis pour tomber à tes pieds. La ronde s’éparpille, envolée de moineaux que l’automne a chassés. Tu ne m’as pas choisie et je vrille sans cesse, sans pouvoir m’arrimer. 
Je joue en solitaire dans un coin de la cour.
J’ai du sang au genou mais je ne pipe mot. Mon mouchoir est si grand qu’il peut tout éponger. Mon mouchoir est si blanc qu’il peut tout effacer.
Je me perds à loisir dans les jeux interdits qui hantent mon cerveau. J’apprends en me taisant. J’apprends à faire semblant. Et cette odeur de craie qui ne me quitte pas. Ma marelle est au ciel et je t’ai dans la peau. 
J’ai parfois le vertige en attendant le soir.

septembre 2017


Jour de fête

Glissement de soleil, la fenêtre s’entrouvre
Pour faire entrer le ciel
Et prendre la mesure
D’un rayon nourricier sur le mur aminci
Déchirement du temps, j’entrevois cette image
Poudre d’or, étoile au firmament
La lumière pétille
Je rêve sur la plage
Et j’oscille sans fin entre deux bercements
Jusqu’à sentir le sel
Parchemin laminé
Bouteille ballotée
Pénétration des flots

J’hésite
Entre le jaune et l’oranger
Quand le bleu disparaît
Où suis-je ?

Je voudrais que ma vie
Soit comme un jour de fête
Ephémère et clinquant
Pour épuiser l’hiver
Avant qu’il ne m’épuise
Et réchauffer en moi
Tous ces longs chemins blancs
Je sème un peu de sable
Désert et solitude
Dislocation d’un jour
Où je n’ai pas été
Contre vents et marées
Ma peau n’est pas si dure
Qui suis-je ?
Dans l’extrême présage
D’une improbabilité
Où je suis devenue sans avoir été vue

Je recherche le mot
Au fond de ton palais

Je voudrais que mon corps
Soit le vif du sujet
Une terre abordable
Qu’on puisse fréquenter


septembre 2017


Ensemble

Laisser le silence installer
La gravité sur le chemin
Les cailloux crissent sous nos pieds
Laisser le silence amplifier
Ce qui n’était que bruits feutrés
La lumière éparpille
Le souvenir d'un plein été
Une main contre le destin
Se souvenir de la beauté
D’une feuille qui tombe
Légère, palpable et sans regret
Laisser le silence inventer
Un autre rythme
Sur un sentier inabordé
Sans savoir le pourquoi
D’un comment inédit

Se souvenir de l’horizon
Laisser le silence égrener
Le requiem d’un bel été
Quand un sourire est devenu
L’inabordable à conquérir
La haute côte à transcender
Je crois que je reconnaîtrai
Le moindre de tes pas
Absorbé par la foule


septembre 2017


L'après

Des doigts entremêlés et des cheveux défaits
La lumière apaisée sur la trame du jour
La confusion des peaux, l’effluve d’un parfum 
La caresse des mots à peine chuchotés
Le matin se dévoile et l’air est différent
Aujourd’hui sera beau, une flamme renaît


septembre 2017


Détail


Goutte à goutte du temps 
Dans le frêle matin
Un arbre enguirlandé
Par l’automne éclatant
Refoule quelques larmes 
Et retient ses frissons
Pour ne pas s’épancher
Sous la plainte du vent

septembre 2017