dimanche 10 décembre 2017

Maintenant

Pureté d’un matin où les toits sont de glace, les vitres de cristal et nous, dans la lumière, dénués de rancune et de ressentiment.
On devient plus léger, plus serein et plus grave à la fois. Dans le respect d’un temps qu’on ne peut comprimer. 
On apaise la fougue d’un été révolu. On trie les souvenirs, on referme des pages. On brûle quelques lettres, on oublie nos erreurs, on range des trésors au fond de nos tiroirs. Quelques larmes séchées, deux ou trois mots d’amour, les débris d’un roman, le parfum d’une peau, le souffle d’un baiser, les bribes d’un espoir. 

Crépitement du jour, on regarde le feu assainir nos mémoires. Je remets une bûche. Je ne suis pas pressée, il faut qu’hiver se passe. Que nos chagrins se tassent.
Je garde en moi ce qui me tient debout. Ton regard me suffit pour loger le présent.


décembre 2017


Encore un matin


Les murs ont rétréci, le plafond est si bas qu’il pèse sur mon dos. Ou bien ai-je grandi sans m’en apercevoir … Je résiste à l’oubli et repousse l’idée que tout peut s’écrouler. Comme ça, d’un seul coup. Du jour au lendemain, d’une minute à l’autre, sans que j’y puisse rien. Me retrouver sans vie sous un tas de gravats. Souvenirs, souvenirs… les paupières baissées devant l’adversité, figée dans l’abandon avec les bras en croix.

Mais voilà, je respire et j’aspire à trouver un mot libérateur qui me redonnera du souffle et de la foi.
Je risque une sortie par la petite porte sans vraiment trop savoir où je pose les pieds. J’appréhende le jour. Parfois j’ai l’impression que la route est minée. 

Je cherche une éclaircie, la somme d’un moment qui me fera penser que ça valait la peine d’être là, aujourd’hui.
J’espère aller plus loin
Le soleil s’est montré
J’essaie de croire en moi
Avec une pensée, pour les vivants d’ici

Quelque part un enfant fait vœu d’éternité
J’éteins entre mes doigts
La flamme vacillante qui veillait sur mes nuits

décembre 2017


Rêverie

Les rides de l’étang s’imprègnent sur mon front. Une pensée s’échoue, paralyse ma voix.
Que dire si ce n’est que tout a été dit
Je rassemble ma vie dans une évocation sans commune mesure
Le jour était si frêle qu’il courait à sa perte avant d’avoir vécu. La rigueur de l’hiver me serrait de si près que mes mains oubliaient ce qu’elles venaient chercher.

Un pont s’est effondré, un rêve s’évapore tandis que tu oublies un détail à la fois. Tu sèmes notre amour comme un petit poucet. La vie a dévoré les miettes qui traînaient. 
La pluie a inondé nos plaines volubiles et nourri des rivières jusqu’au bout d’une fin qui n’en était pas une.
L’océan va plus loin. Je le sais, je le vois. Ton regard dans l’étang disperse les embruns et ravive une teinte aux pouvoirs permanents.
Ma vision s’enchevêtre dans l’arbre qui résiste aux tumultes du temps.
Une feuille verdit.

J’imagine le ciel sans nuage apparent


décembre 2017


Nos différences


Il y a tant à dire sur le monde imparfait qui s’immisce entre nous. Je glisse une lueur sous chacun des moments qui nous a révélés. L’un à l’autre au grand jour, quand le temps s’y prêtait.
Ceux qui nous ont portés plus haut que d’habitude. Ceux qui avaient le goût de la fête accomplie. 
Ceux qui nous unissaient en une seule et même possibilité.
Mais le vent a tourné. 
Là-bas, un idéal s’étiole et disparaît. Comme une ombre au tableau, tu deviens étranger. 
J’avais pourtant pensé que tu me ressemblais.

Il y a tant à dire, si nous savions traduire nos langues respectives.


décembre 2017


Expiration

La caresse d’une aile
L’étouffement d’un bruit
L’apaisement du jour
Lucioles hivernales
Aux abords de la ville
Gardiennes de nos rêves
Encore inaboutis
Pleine lune et soupirs
Secrets et chuchotis
La vision tamisée
Le velouté des mots
La douceur d’une main
La lettre qu’on écrit
Le sentiment secret
La pensée formulée
A l’encre bleu de chine


décembre 2017


Attente

Une émotion se glisse entre deux calmes plats. Elle rejaillit plus loin, s’attarde et se répand avant d’être absorbée par la nuit souveraine. 
Les paroles s’envolent, les amants se déchirent, les livres prennent feu, la mémoire se délite, la peinture s’écaille, la passion s’amenuise, ton regard a pâli, l’intention s’éparpille, ta pensée se détache, le gouffre s’agrandit, l’entente s’est brisée, nos mains se sont froissées et le geste s’efface. 
J’envisage le temps dans l’immobilité. Pour ne pas me laisser submerger par l’oubli. Le détestable oubli, vorace et sans pitié. 

Mes souvenirs chancellent et je tangue avec eux. Interminables nuits, hiver omniprésent. La tâche s’agrandit.

Improbable quartier de la lune amoindrie, je projette un désir sur l’ombre des nuages. 
Des pas résonnent sous mon front. J’y mets du contenu, de la voix et du sens. Entre eux, chaque espace m’importe.
J’arrose mon verger, nettoie le tapis vert qui mène jusqu’au fruit. Je cueille un interdit, bannis les conséquences, polis le temps présent et le fais miroiter au soleil de minuit. Le reste est conjoncture. J’attends un imprévu. Afin que l’horizon s’ouvre et te concrétise. Mais le ciel est étanche.

Et si tu ne viens pas, je deviendrai statue quand l’aube percera mes dernières illusions. 
Invisible au regard, figée dans un élan à jamais contrarié.
Sous le ciel insipide, les ronces auront poussé.
Sur mon socle de pierre, les larmes auront gelé.

décembre 2017






samedi 2 décembre 2017

Fin de vie


Ne nous dispersons pas quand novembre dissout les feuilles incendiaires d’un chapitre achevé. Il devient essentiel d’inventer un après. De souder entre nous la charnière vitale qui nous protègera d’une issue redoutable. Tout au fond du couloir, une porte a grincé. Le vent s’est engouffré. L’hiver m’a dépouillée. Le monde se transforme en une morne plaine où les corbeaux sont rois.
Que va-t-il me rester ? Quelques plumes éparses et l’odeur âpre de la mort qui plane dans les champs.
Il y a du givre ce matin. Au loin, l’écho d’une sentence, le dénouement d’un drame. Les chiens halètent. Babines écumantes, les museaux ras de terre. 
Un éclair a jailli à l’orée du grand bois. Gros plan sur le carnage.
Des hordes d’inconnus et des crocs dans la chair. Une lutte inégale.
Banale.
Une couleur ardente jaillit d’une innocence. Quelqu’un a dû tirer. En épargnant nos vies, engagées malgré elles dans une course folle où rien ne les rassemble.
L’horloge a déjanté. Quelqu’un a dû crier. Je t’ai perdu de vue. Le temps s’est emballé. Tourbillon des saisons. Valse des souvenirs. Impatience et rupture. Patience et solitude. 
Et puis un beau matin, une graine a germé au fond de ma blessure. Comme une perspective. 
Il n’appartient qu’à toi d’innover dans ma main.

novembre 2017


Ah, les beaux jours !


Dépêche-toi de dire ce qui doucement se consume en toi. Ces mots qui t’ont brûlé les lèvres, que tu as retenus par peur de révéler ce que tu ressentais. 
Les occasions ratées sont perdues à jamais. Les actes réprimés ne sont que cendre noire où gisent les regrets. 
Hâte-toi de donner ce que tu tiens secret. Aux quatre vents, sans une larme, approprie-toi l’élan qui mène vers l’aurore. 
La liberté t’attend. 
Offre-toi le plaisir d’une fuite furtive. Va, sans te retourner. Eloigne-toi de l’ombre qui cherche à t’absorber. 
Ose enfin être heureux. La beauté du matin n’est que fête éphémère.
Paroles en cortège, la lumière coule à flots. Etincelles de joie, l’horizon s’ensoleille. Abandonne l’épave de ton rêve déchu. La rencontre est devant. Permets-toi les voyages que tu n’auras pas faits. 
Laisse venir à toi, le chuchotis soyeux d’un mot dans tes cheveux. Ne modifie en rien l’émanation du jour. 
Respire les embruns qui viennent du grand large. 
Laisse frémir en toi, une opportunité.
Le vent déposera ce que d’autres ont repris.

novembre 2017


Petit ruisseau


Lorsque le temps s’y prête, on entrevoit la vie sous un angle éclairé. Les ruisseaux mal aimés contiennent des rivières.
En aparté, un jour de pluie, tes doigts me pianotaient, légers, sans impatience. Mon esprit s’envolait. De la fenêtre au lit, du lit à tes cheveux, ma pensée bondissait, m’offrait la possibilité d’un monde sans écueil.
Je devenais le chant d’une idylle joyeuse sur tes lèvres sacrées. De ma bouche à ta voix, le vibrato sensible de nos cordes frottées.
Petit ruisseau deviendra grand
J’imprime ma voilure, un geste éparpillé sur les effets du vent.
Nuages en partance. Ils emmènent avec eux des morceaux de ma vie. 
Le ciel est en guenilles. Le froid est presque là.
Je retiendrai de toi l’écume au goût secret. Sel et sucre à la fois. 
La salive d’un mot, l’épice d’un baiser, le parfum de nos draps, la passion de nos gestes, imprégnés de bonheur.
J’explose le barrage de nos actes manqués
Méandres de nos pas menant vers l’embouchure
L’amour consume l’horizon 
Petit ruisseau jusqu’à l’azur

novembre 2017


Trop aimer


Je ne sais pas te dire et ne saurai jamais. Trop aimer, c’est souvent mal aimer. C’est inventer des liens pour se sentir moins seule. C’est vouloir à l’excès, jusqu’à l’emportement.
Tout et n’importe quoi, sans aucune mesure.
C’est avoir l’illusion de donner sans compter. Mais ce n’est que désordre. Impudeur étalée, gestes incontrôlés et mots exubérants qui claquent au moindre effet. 
Je ne sais pas te dire autrement que comme ça.
Qui serais-je sinon ? La femme d’à côté dont tu rêves parfois. 
Justesse de ses mots, ses lèvres au bord des tiennes. Elle a ce petit quelque chose dont tu ne reviens pas. Le parfum idéal au clair d’un rendez-vous. Frugal mais essentiel. 

A grandes envolées, je réclame ce dû qui ne m’appartient pas, jette mon dévolu jusqu’aux extrémités. Le désir est si fort qu’il en devient violent
J’empiète sur ta vie
J’imagine pour deux alors que tu es toi. Un être dissocié. Et moi, un peu plus loin. 
Je ne sais pas te dire sans mettre de passion. Il me faudrait pour ça, trouver l’apaisement. Je ressens l’indicible sans pouvoir le cerner. Un sentiment immodéré, presque douloureux à force d’y penser. 
Trop aimer
C’est souvent se tromper
Plus je crie, plus le temps se disperse entre nous 
Et moins tu me comprends.
Je jette à la volée ce qui n’a pas de prix

novembre 2017


samedi 18 novembre 2017

Le sens de la vie

Si je sais regarder, la lumière en un point révèle une part d’inconnu. Un sens inhabité, le monde est infini, la page est réversible. Le drame inachevé. Rien n’est jamais acquis, une émotion se noue, je relance les dés. Dans ma main, l’insoluble psyché où j’ai perdu ma voix.  Je tente l’impossible. Redevenir quelqu’un, de  chair et d’os, à ciel ouvert.
Ricochet d’un reflet sur l’enceinte d’un rêve. Abstrait. Pour ne pas m’effacer,  je rassemble la mise.
L’addition de mes jours fourmille sous mes doigts. J’écris.

Peut-être arriverai-je à expliquer cela
Je monte la paroi mais je n’ai plus de prise

Plénitude, offre-moi ta promesse. Entrouvre-moi les grilles d’une aube généreuse. Détourne-moi des morts qui hantent les couloirs de mon esprit brouillé.
A la source, un désir. Celui de me sentir en vie.
Le vent détourne la chandelle et la roche s’effrite
J’ai beau me recentrer, le monde se détache

Je monte la paroi mais l’enfer, c’est en bas.

novembre 2017


vendredi 17 novembre 2017

L’urgence

Ma pensée détraquée
Défile à toute allure
Alors qu’il me faudrait
Apprendre la patience

Mes mots désappointés
La pendule explosée
Les heures éparpillées
Sur ta peau dénudée
L’objet de mon errance
L’impression d’un moment
Bâclé

Seuls mes doigts se souviendront

La chambre était petite
Le lit était immense


novembre 2017


Vision

Lorsque je te regarde
Je ne peux m’empêcher
D’être un peu plus vivante
D’être un peu plus flagrante
Tu as ce quelque chose 
Ce trait particulier
Qui porte à l’émotion
Sans mots pour l’énoncer
Je me sens attirée par l’aimant
D’un iris
Tout au bout du trou noir
J’ai envie de frapper
Que tu me laisses entrer

Un mouvement de cils
Je suis ce qui frémit
Au seuil de tes pensées


novembre 2017


lundi 13 novembre 2017

Nuit noire

Les arbres se défont
Du poids des jours anciens
Le lierre imperturbable, prolonge son histoire
Envahit le présent des troncs désemparés
L’ombre s’est répandue
Le froid s’est déclaré
Et la mort invitée, traverse le sous-bois
Dans un souffle de glace
La lumière atrophiée erre parmi les feuilles
Au temps décomposé
L’aurore est encore loin
Pourtant il me faudrait
Quelque chose à atteindre
Un semblant de lueur
Juste assez pour y croire
Une braise allumée au bord de l’horizon
J’ai perdu mon chemin et le goût du hasard
Mes poches étaient trouées
J’ai perdu la mémoire et la saveur du fruit
Je ne ressens plus rien
Par une nuit sans lune, tout un monde s’est tu
Une étoile est tombée sans le moindre fracas
L’écho n’a pas frémi
L’oiseau a fait silence
Le sort était jeté
Ma vie a dévalé jusqu’au noir éternel
Sans bruit
Empêtrée dans la nuit, j’ai attendu quelqu’un
Longtemps
Personne n’a surgi pour venir me sauver
Je suis devenue pierre parmi les hautes ronces
Et je n'ai plus bougé
Le conte était truqué

novembre 2017

Panoramique

Surprends-toi à regarder le jour
Comme si c’était le premier
Retire tes œillères lourdes de préjugés
Défais les liens qui te retiennent
Et laisse-toi happer par l’aube nouvelle
Comme un agneau qui vient de naître
Donne libre cours au torrent
De ton imaginaire
Respire avec le vent
Existe dans toutes tes dimensions
Jusqu’à faire sauter l’ultime barrière
Celle qui retient tes pensées refoulées
Tes rêves interdits
Trouve ta liberté
Vis-les
La sagesse viendra peut-être 
De ce moment fou
Que tu te permettras

novembre 2017


Alphabet

J’ai rangé tous mes mots sur un pan d’étagère
Classés de A à Z, pour mieux m’y retrouver
Sait-on jamais
Quelqu’un pourrait avoir l’envie de découvrir
La substance première de ce conte éternel
Dont je cherche parfois l’extrême dénouement
En vain


novembre 2017


Résistance


Dis, pourquoi ne viens-tu pas profiter des faveurs de mon espace à moi ? Mon jardin intérieur.J’allume des bougies, ravive quelques ombres pour animer le mur, donner un air de fête. J’enguirlande mon cou, me glisse dans la robe qui te met à l’envers. Un tissu hors saison qui brave tous les temps.
Je n’ai pas froid, tu saisL’hiver n’est qu’une porte mal refermée où se faufile un mauvais courant d’airRien qu’un frisson, ça va passer

novembre 2017




L'essentiel

Redonne-moi le goût du détail important
Je prépare un discours, effleure un devenir
Ebauche l'illusion de la réalité
Dans ma main, l’intention d’un geste captivant
Dans ma vie, l’impression que tout n’est que papier
J’aligne mes pensées, amasse les feuillets
Et entasse les jours dans des tiroirs sans fond
Où je prends du volume et de la consistance
J’écris sans m’arrêter
Jusqu’à l’essoufflement
Je vais parfois trop loin
Jusqu’à l’écœurement
Redonne-moi le sens de ma présence ici
Que faut-il retenir de ce vaste chantier
Pour être cohérente ?
J’accuse ton silence comme une vérité
Et froisse cet instant, presque audible
Où rien n’est accompli
Demain
Je vide les tiroirs


novembre 2017


Simplicité


Il est des chemins clairs où plane l’évidence. La lumière sans accrocs, le jour omniprésent. 
Mes pas semblent glisser. Aucun heurt, aucun trouble. L’enchaînement des choses, des pleins et des déliés, la fluidité des mots, débarrassés des doutes et des questionnements. 
Le vent s’est aplani. Il n’y a rien à prouver, être est bien suffisant. Ici, au beau milieu d’une respiration, laisser couler la vie en toute transparence. Ni vague, ni tempête. 
Rien que le crissement du sable sous mes pieds.
J’absorbe l’existence
Je bois à la fontaine d’un temps réconcilié avec les éléments.

novembre 2017


Automne


Le froid est redoutable quand la brume descend, traverse l’épiderme pour aller jusqu’aux os. 
Humidité de l’air, l’oiseau dans un frisson, s’envole vers l’ailleurs tandis que je suis là, les deux pieds bien ancrés dans la réalité, opaque et sans saveur.
Je tricote à tout va quelque chose de doux. Une écharpe de ciel où je vais me nicher. Peu importe le bleu, même s’il est d’orage. Peu importe la maille, à l’endroit, à l’envers. Pourvu que je retrouve un semblant de chaleur. Et l’envie d’amasser tous ces petits bonheurs faits de simplicité. 
En un geste posé, m’entourer de couleur
Et tant pis si je suis mauvaise couturière 
Tant pis si quelquefois, l’ouvrage est maladroit
Ce sera toujours mieux que le blanc des nuages.

novembre 2017


Fusion


Quand j’ai senti ta peau
Se fondre dans la mienne
J’ai surpassé mes doutes
Et oublié mes peurs
La lumière comblait 
Chacune de mes imperfections
Je devenais solvable 
Presque profonde
Presque habitable
Tu prenais possession
D’un pan de ma mémoire
Pour la rendre commune 
Je prenais dimension
Dans les creux et les vides
Laissés par les silences
Etayais les pourquoi
Et trouvais des réponses
A portée de nos mains
Dans l’espace charnel
Que nous avions créé

Quand j’ai senti ta peau
Me rendre plus humaine
J’ai pris forme et grandi 
Au cœur de notre union
Jusqu’à toucher le ciel

novembre 2017, musée Rodin


Mot pour mot

Lorsque tu as ôté la parole arrimée
A ma bouche essoufflée
J’ai cru que j’avais soif
Mais le ton était juste
Le verbe sensitif
Je me suis reconnue 
Dans l’intention portée
Par l’écho de ta voix
La note suspendue a plané longuement 
Avant de se blottir entre mes lèvres muettes
Où suintaient les non-dits
Pour faire résonance à mes désirs latents
J’ai écouté l’amour
Offrir sa démesure
Dans le sillon secret d’une déclaration
Que tu me destinais
Et j’ai compris combien
J’avais de l’importance

novembre 2017


Trio

Je ne vois plus que ça
Le mensonge sournois
Repeint en vérité
Obscure
La tranche mal coupée
Faite pour contenter
Un souhait
L’esquive de ton geste
S’agglutine à ma peau
La nuit nous désassemble
Ma caresse s’égare
Un gouffre entre nous deux
Je suis une inconnue
De quoi est fait ton rêve ?
Je songe à celle qui
Habite tes secrets
Et prend de l’amplitude
Derrière tes paupières
Pourtant
Je suis si près 
Dans le lit, nos sueurs
Nos rites indécents
Nos vagues de tendresse
Nos empreintes fertiles 
Et puis 
Le douloureux réveil
La peur de ne plus être
Aimée
Tout ce vide à combler
Sans cesse
Je cherche en vain
Ce qui pourrait nous unifier
Tandis que tu t’endors
Je compose une suite
Avec elle au milieu

Novembre 2017



mardi 31 octobre 2017

Elan

Cueillir au point du jour 
La possibilité d’être
En restant féminine
Envahir l’atmosphère
D’un parfum pénétrant
Troublant pour la saison
Mettre du rouge aux lèvres
Vif et sans concession
Du bleu sur les paupières
Une écharpe soyeuse
Une robe estivale
Faite de transparences
Danser sous la lumière
Jusqu’à en perdre haleine
Avant de défaillir
Définitivement
Bousculer les repères
Le non-imaginé
Au plus près de mes mains
Avides de toucher
Ce que l’autre contient
Viens
T’asseoir à mes côtés
Prendre une bouffée d’air
Je crois que j’ai envie
D’être encore amoureuse


octobre 2017


Ténèbres

Plonger dans l’encre noire
D’une nuit monochrome
Sombre dérive à l’intérieur

L’obscurité s’impose, impérieuse et profonde
Aucun bruit
La lourdeur du néant s’abat sur les volets

Je voudrais dire un mot pour éclaircir ma voix
Poser de la couleur
Ecrire dans un souffle pour attiser la vie
Je voudrais dire un mot saturé de lumière
Créer une embellie pour égayer le ciel
Faire jaillir de mes doigts une envolée d’oiseaux
Raconter un matin aux rayons pénétrants
Mais je sens le silence déteindre sur ma peau
Je referme les yeux
Et me fonds dans le noir concret de l’encrier
En préférant me taire


octobre 2017


Authentique

Malgré le désordre apparent
Il y eut ce moment, sensible
Et sans accent
Où chaque chose
Chaque être vivant
Trouva la bonne place 
Naturellement

Dans l’agencement du jour
J’entrevois ma logique
Car je connais déjà
L’objet de ma présence
L’amour coule de source

Fluidité de ma main
Mouvement d’un désir
Porté par l’intention
D’un geste cohérent
Je dessine pour toi
La liaison qui te manque


octobre 2017


Ravaudage

L’après
Comme une déchirure
Je ne saurai jamais refaire
Le mouvement parfait
J’ai voulu tordre de ma main
Chacune de tes idées reçues
Déchirer ta chemise
J’ai voulu de mon poing
Enfoncer ma caresse
Agripper tes cheveux
Te mordre jusqu’au sang
Depuis
Mes nuits sont si étranges
Je rêve que je recouds
Tes boutons un par un
Comme si de rien n’était
Pour faire bonne figure
Nous sommes-nous aimés ?
Ailleurs
Que dans nos habitudes
Je ne me souviens plus

Je rapièce nos jours
Sous la lumière accrue
De nos tendres amours
Mes yeux ne sont plus ce qu’ils étaient
Quelle importance
Le fil va me manquer


octobre 2017


Réveil

Malgré l’appréhension d’un gris impénétrable
Le soleil s’est montré comme à son habitude
Peut-être un peu plus tard
Peut-être un peu moins fort
Peut-être un peu plus pâle
Mais le matin perçait, sortait de sa torpeur
Empiétait sur la nuit
Devenue moins vorace
Le jour me propulsait à l’extérieur du rêve

Malgré l’effacement inéluctable de mes plus beaux voyages
J’ai pris pied dans la vie

Peut-être un peu plus tard
Peut-être un peu moins forte
Peut-être un peu plus lasse

octobre 2017