lundi 12 février 2018

Période glaciaire

Le froid nous encerclait, nos larmes étaient figées. La nuit avait laissé des trous dans nos mémoires. 
Sous la plainte du jour, un astre s’est éteint.
Calme plat dans la plaine. 
Nos bras ne savaient plus imaginer l’étreinte. Nos regards pétrifiés fixaient dans le lointain un impossible amour.

Nous étions deux statues à la saveur de sel. Deux ombres immobiles près d’un étang gelé. Les derniers reliquats d’un chagrin consommé. Par-delà les roseaux, la vie nous dédaignait. Nos cœurs étaient absents sous la paroi de pierre. 

Quelque chose a frémi au creux de ton épaule. Mais tu n’as pas cillé. Ce n’était que le vent qui venait t’embrasser.
Je me suis souvenue d’avoir été pour toi ce souffle élémentaire.

A la morte la fontaine, je n’irai plus pleurer.

février 2018



Ambiance hivernale


Une vague de froid décrassait notre esprit. Nous marchions en silence. C’était beau tout ce blanc. 
Espace immaculé où chaque nouveau pas devenait expression. C’était revivifiant. Et la branche flexible accusait sans broncher le poids indescriptible d’un froid réminiscent. Il neige à gros flocons.

Tout ce ciel à nos pieds. Transparence et cristal. J’ai foulé un nuage et vu l’aile d’un cygne palpiter sur l’étang. 

Le plaisir est fugace, le désir éternel, l’amour omniprésent.

C’était beau tout ce temps. Rassemblé en un seul et unique visage.

février 2018


L'oubli


Ici, plus rien ne compte, excepté le présent. L’autrefois disparaît sous la froide parure. C’est un jour habillé pour une circonstance.
L’acte se répétait depuis je ne sais quand. 
Le temps fait son travail, l’oiseau devient frileux. Je nourris son palais de douces sensations. 
J’attise ce moment où la fuite du jour devient une étincelle dans le regard de l’autre. Tu sais, quand l’horizon n’est qu’un soleil rêvant sur la ligne éphémère où couvent nos secrets. 
Ne dis-rien, s’il te plaît. Efface le chemin que nos larmes ont tracé.
Le grillon s’engourdit à la chaleur du feu. 
Tandis que ma mémoire s’épure, il neige sur le linge qui séchait au vent.

Souffle encore s’il te plaît. Efface la buée que nos bouches ont laissé.

février 2018


Jeu céleste


La faille n’existait pas. J’avais tout colmaté pour ne pas me trahir. J’avais tout compensé pour être sans fêlure.
Le soleil en veilleuse diffusait une entente. Nos ombres s’approchaient à petits pas feutrés. Le pacte était cordial. Silencieuses bavures sur le mur en écailles. Avant d’avoir vécu, nous étions condamnés.
Jette un peu ton palet.
Lorsque je me suis vue happée par la lumière
Soudain le jour blafard a décuplé en moi. Mon ventre devenait le centre de la terre. J’ai repris le flambeau pour ne pas m’égarer. 
J’étais une fenêtre ouverte à tous les vents. Les rideaux se gonflaient, toutes voiles dehors.
Alors je me suis mise à tout te raconter
Je me suis déployée du début à la fin
Jusqu’à l’aube céleste, jusqu’à l’universel.

La pendule se lasse, l’élan est perpétuel. Ose encore, si tu sais.
Aller t’aventurer au bout de la marelle.

février 2018


Vers les beaux jours


De sève et de pollen. Comme une poudre d’or, constellée de lumière. Déploiement du soleil à l’intérieur de soi. Etoiles vaporeuses et vol incandescent. Pulsations d’une entente, pénétration de l’air, étincelles de joie, accostage imminent.
La prairie revêtait un voile d’innocence, des noces s’annonçaient. Bien avant la saison. 
L’empressement du vent dès la levée du jour. L’accouplement sublime auréolé d’espoir, l’embrasement du ciel. L’horizon s’éparpille et nos rimes s’emmêlent. 

De salive et de sueur

J’ai gardé de tes bras, un souvenir ému, une douce accolade. J’ai contenu tes mots et réprimé mon cœur. 
J’ai gardé l’imprévu pour contrer notre faim.

Et je devins fourmi sans même le savoir. Bien avant que la neige ne se mette à tomber. A l’angle de ma vie, fleurissait ton destin. Pour ne pas te manquer, j’ai résisté au froid, pris mes dispositions pour être toujours là.

De patience et d’ardeur

Février, cet hiver qui n’en finit jamais tandis ma nature débordait d’affection.

février 2018


Eveil


De mousse et de lichen. Comme une moisissure, une masse diffuse qui buvait notre temps, puisait dans nos réserves et gagnait du terrain.
Il nous restait si peu avant le dénouement. Et nos vies malmenées, rongées jour après jour, finiraient par pourrir sous les intempéries.

De bruit et de senteur. Comme une émanation, une note attendue qui montait vers le ciel, puissante et généreuse. Blottie dans le sous- bois, une énergie nouvelle se frayait un chemin. 
Quand la neige a fondu au soleil, j’ai su que le silence n’était pas éternel. 

Dans ma boite, une lettre annonçait le printemps.


février 2018


Histoire


La mer était houleuse et le vent dans les vagues nous désarticulait. Le ciel était sinistre, jeux d’ombres dévorantes et pensées diluviennes. Quand le ciel est froissé, le pire est à venir. Des essaims de nuages s’annonçaient au-delà de l’imagination. Le désenchantement produisait son effet.

D’où venais-tu déjà ? Tant de jours ont passé depuis ce moment-là.

Nos bouches se descellent et l’arbre solitaire s’épuise et se désole, écartèle ses branches au milieu du désert. J’apprends ce qu’est la soif, la patience et l’ennui.
Qui étais-tu avant de t’immiscer en moi ?

Décris-moi ton pays. Tant d'eau s'est déversée depuis ce moment-là.

Sous la pâle lumière s’éveillait une idylle. La nuit nous propulsait sur une digue bleue. L’infini nous tendait une perche précieuse. L’intouchable parfois, se révèle accessible.
Nous avons débarqué au plus près de nous deux. 
Dans un temps improbable, nous nous sommes dits oui.

Plus loin que ma raison, survivait cet instinct. 
Au gré de ton courant, s’imaginait l’eau pure.

février 2018