jeudi 21 septembre 2017

Réminiscence


Faisons comme si l’aube allait s’éterniser. Je danse cette ronde où je suis au milieu. Le monde crie autour. Le monde me soulève et m’invite à son jeu. Je tourne sur moi-même, je tourne à l’infini et vois passer les jours. 
Derviche abandonné, je cherche le moment où j’aurai le tournis pour tomber à tes pieds. La ronde s’éparpille, envolée de moineaux que l’automne a chassés. Tu ne m’as pas choisie et je vrille sans cesse, sans pouvoir m’arrimer. 
Je joue en solitaire dans un coin de la cour.
J’ai du sang au genou mais je ne pipe mot. Mon mouchoir est si grand qu’il peut tout éponger. Mon mouchoir est si blanc qu’il peut tout effacer.
Je me perds à loisir dans les jeux interdits qui hantent mon cerveau. J’apprends en me taisant. J’apprends à faire semblant. Et cette odeur de craie qui ne me quitte pas. Ma marelle est au ciel et je t’ai dans la peau. 
J’ai parfois le vertige en attendant le soir.

septembre 2017


Jour de fête

Glissement de soleil, la fenêtre s’entrouvre
Pour faire entrer le ciel
Et prendre la mesure
D’un rayon nourricier sur le mur aminci
Déchirement du temps, j’entrevois cette image
Poudre d’or, étoile au firmament
La lumière pétille
Je rêve sur la plage
Et j’oscille sans fin entre deux bercements
Jusqu’à sentir le sel
Parchemin laminé
Bouteille ballotée
Pénétration des flots

J’hésite
Entre le jaune et l’oranger
Quand le bleu disparaît
Où suis-je ?

Je voudrais que ma vie
Soit comme un jour de fête
Ephémère et clinquant
Pour épuiser l’hiver
Avant qu’il ne m’épuise
Et réchauffer en moi
Tous ces longs chemins blancs
Je sème un peu de sable
Désert et solitude
Dislocation d’un jour
Où je n’ai pas été
Contre vents et marées
Ma peau n’est pas si dure
Qui suis-je ?
Dans l’extrême présage
D’une improbabilité
Où je suis devenue sans avoir été vue

Je recherche le mot
Au fond de ton palais

Je voudrais que mon corps
Soit le vif du sujet
Une terre abordable
Qu’on puisse fréquenter


septembre 2017


Ensemble

Laisser le silence installer
La gravité sur le chemin
Les cailloux crissent sous nos pieds
Laisser le silence amplifier
Ce qui n’était que bruits feutrés
La lumière éparpille
Le souvenir d'un plein été
Une main contre le destin
Se souvenir de la beauté
D’une feuille qui tombe
Légère, palpable et sans regret
Laisser le silence inventer
Un autre rythme
Sur un sentier inabordé
Sans savoir le pourquoi
D’un comment inédit

Se souvenir de l’horizon
Laisser le silence égrener
Le requiem d’un bel été
Quand un sourire est devenu
L’inabordable à conquérir
La haute côte à transcender
Je crois que je reconnaîtrai
Le moindre de tes pas
Absorbé par la foule


septembre 2017


L'après

Des doigts entremêlés et des cheveux défaits
La lumière apaisée sur la trame du jour
La confusion des peaux, l’effluve d’un parfum 
La caresse des mots à peine chuchotés
Le matin se dévoile et l’air est différent
Aujourd’hui sera beau, une flamme renaît


septembre 2017


Détail


Goutte à goutte du temps 
Dans le frêle matin
Un arbre enguirlandé
Par l’automne éclatant
Refoule quelques larmes 
Et retient ses frissons
Pour ne pas s’épancher
Sous la plainte du vent

septembre 2017


Jeunesse

Je sens me pénétrer
Le souffle récurrent 
De nos folies d’avant 
Qui revient fréquenter
Le rythme envahissant
De toutes ces années
Ça monte lentement
Franchit les interdits
Qu’on avait remisés
Quand on était trop grands
C’est comme une chanson
Perdue et retrouvée
Un sentiment profond
Dans le grave affirmé
L’émotion me soulève
Je tangue et je te vois
Revenir aguicher
Mes tentations d’hier
Peu m’importe le temps
Peu m’importent les larmes
Et les mauvais moments
Autant m’emporte un rire
Dans la lumière du jour
Un rire étincelant
Sans commune mesure
Celui qui m’irradiait
Lorsque j’étais enfant


septembre 2017


Face à face

Rien qui vaille la peine
J’éponge le trop-plein 
D’un doute récurrent
Apprendre à se refaire
Malgré ce fichu temps
J’ai la larme facile
Le rire trop clinquant
La veine alambiquée
Et la rime pressante
Pour ne pas t’étouffer
Je dévisse les pieds
D’un moi grandiloquent
D’un verbe trop appris
Lorsque j’étais enfant
Je comptais chaque pied
C’était si rassurant
Et cela me revient
Comme un hymne perdu
Que trinquent les années
Sur mes lèvres flétries
Où meurent lentement
Des mots sans épaisseur
Rien qui vaille le vent
Nos fièvres dispersées
Nos envolées ratées
Nos je t’aime essaimés
J’ai dit sans jamais dire
Pour mieux entourlouper
Ma propre vérité
Regarde qui je suis
Dans la morte fontaine
Je me suis reflétée
Je me suis regardée
Entretenir un leurre


septembre 2017